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𝐊𝐚𝐦𝐚𝐧, 𝐥𝐞 𝐣𝐞𝐮𝐧𝐞 𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥'𝐨𝐧 𝐜𝐫𝐨𝐲𝐚𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐫𝐞𝐬𝐬𝐞𝐮𝐱

Written by admin on 18 Juillet 2026. Posted in Contes.

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𝑻𝒐𝒖𝒕𝒆 𝒄𝒉𝒐𝒔𝒆 𝒂 𝒔𝒂 𝒓𝒂𝒊𝒔𝒐𝒏 𝒅'𝒆̂𝒕𝒓𝒆. 𝑨𝒗𝒂𝒏𝒕 𝒅𝒆 𝒋𝒖𝒈𝒆𝒓 𝒍'𝒂𝒓𝒃𝒓𝒆, 𝒂𝒕𝒕𝒆𝒏𝒅𝒔 𝒒𝒖'𝒊𝒍 𝒑𝒐𝒓𝒕𝒆 𝒔𝒆𝒔 𝒇𝒓𝒖𝒊𝒕𝒔.
Conte, conte, conte bien, Tonton Badou !
Il était une fois, dans un village de la verte Casamance, un homme et une femme qui avaient un fils unique nommé Kaman, le jeune homme que personne ne comprenait. Son nom évoque celui qui porte en lui une force cachée que seul le temps peut révéler.
Depuis sa naissance, ses parents l'avaient entouré d'amour, mais ils avaient oublié de lui transmettre l'une des plus grandes richesses de la vie : l'apprentissage du travail. Ils ne lui avaient jamais demandé de cultiver la terre, de ramasser le bois, ni même de participer aux tâches quotidiennes du village.
Ainsi, Kaman grandit en mangeant, dormant et observant le monde en silence. Il passait ses journées à l'ombre des cases, loin de l'agitation des autres enfants qui apprenaient déjà les gestes de leurs pères et de leurs mères.
Les villageois le regardaient avec étonnement. Certains le jugeaient paresseux, d'autres pensaient qu'il ne ferait jamais rien de sa vie. Pourtant, les anciens disent que la sagesse ne se mesure ni à l'âge ni aux apparences. Elle se révèle au moment voulu, comme la première pluie après la longue saison sèche.
Kaman parlait peu. Mais lorsqu'il ouvrait la bouche, ses paroles semblaient plus grandes que lui.
Il répétait souvent :
« Toute chose a son fondement. Celui qui sait attendre finit par comprendre. »
Et parfois, il ajoutait :
« Toute chose a sa raison d'être. Avant de juger l'arbre, attends qu'il porte ses fruits. »
Personne ne prêtait vraiment attention à ses proverbes.
Un jour, les jeunes hommes de son âge décidèrent d'aller passer l'hivernage dans un village voisin afin de travailler aux champs. C'était une tradition : chacun partait apprendre le courage, le travail et la solidarité auprès d'une famille qui l'accueillait pendant toute la saison des pluies.
Les compagnons de Kaman ne l'invitèrent pas. Ils étaient convaincus qu'il serait incapable de tenir une houe ou de travailler la terre.
Sur leur route, ils rencontrèrent une vieille femme qui leur demanda :
— Où est donc Kaman ?
Ils lui répondirent qu'il avait refusé de venir. Intriguée, la vieille femme se rendit aussitôt chez le jeune homme. Elle découvrit qu'il ignorait tout du départ de ses camarades.
Après son départ, Kaman alla trouver son père.
— Père, dit-il, je souhaite rejoindre mes compagnons. Je veux partir, moi aussi.
Son père secoua la tête avec tristesse.
— Mon fils, comment pourrais-je accepter ? Tu n'as jamais appris à travailler. Toute ta vie, tu as mangé et dormi. Je crains que tu ne déshonores notre famille.
Avec calme, Kaman répondit :
« Toute chose a son fondement. Celui qui sait attendre finit par comprendre. »
Puis il ajouta :
« Toute chose a sa raison d'être. Avant de juger l'arbre, attends qu'il porte ses fruits. »
Le père fut touché par la sagesse de ces paroles, mais demanda néanmoins à son fils d'aller consulter sa mère.
Sa mère lui fit la même réponse que son père. Pourtant, en entendant ses proverbes, elle sentit naître en elle une lueur d'espoir.
Les parents finirent par se regarder longuement. Ils comprirent alors qu'un enfant doit parfois avoir le droit de révéler lui-même ce qu'il porte dans son cœur.
— Donnons-lui sa chance, décidèrent-ils.
Kaman prit donc la route.
Lorsqu'il arriva dans le village d'accueil, le chef vint recevoir les nouveaux arrivants. Chaque famille choisit un jeune travailleur pour l'héberger pendant toute la saison.
Mais personne ne voulut de Kaman.
Ses camarades racontèrent à tous :
— Cet enfant n'a jamais travaillé de sa vie !
Seul un vieux couple, sans enfant et sans travailleur saisonnier, éprouva de la compassion pour lui.
— Ne serait-il pas préférable de l'accueillir ? demanda le vieil homme à son épouse. Un enfant a parfois besoin qu'on lui ouvre une porte pour découvrir le chemin qu'il doit emprunter.
La vieille femme répondit :
— Moi aussi, j'y pensais. Les gens disent qu'il ne sait rien faire, mais les hommes se trompent souvent lorsqu'ils jugent trop vite.
Ils allèrent chercher Kaman.
Le vieillard lui dit franchement :
— Je sais ce que l'on raconte sur toi, mon garçon. Je crains que tu ne sois incapable de travailler.
Kaman sourit doucement.
« Toute chose a son fondement. Celui qui sait attendre finit par comprendre. »
Le vieil homme acquiesça et le prit sous sa protection.
Les jours passèrent.
La vieille femme préparait ses repas et lavait ses vêtements. Quant à Kaman, il continuait à manger, à dormir et à ne rien faire.
Les villageois riaient de lui.
Lorsque vint le temps de défricher les champs, chacun travaillait avec ardeur tandis que Kaman restait assis.
Les moqueries se multiplièrent.
Un jour, il partit seul dans la forêt et déracina un immense arbre voisin d'un majestueux acajou d'Afrique. Il en fit un énorme fagot de bois qu'il rapporta au village.
Les habitants furent stupéfaits.
— Il a sûrement trouvé un arbre déjà tombé ! disaient-ils.
— Un jour, il finira bien par montrer sa véritable nature !
Mais Kaman ne répondait jamais aux insultes.
Il attendait simplement son heure.
Les premiers nuages noirs de l'hivernage apparurent enfin dans le ciel. Chacun préparait sa houe en attendant la première pluie.
Kaman, lui, fabriqua une houe extraordinaire, forgée à partir d'une lourde barre de fer qu'il façonna selon son propre savoir-faire.
Le soir venu, après avoir bien mangé, il poussa un cri si puissant qu'il résonna dans tout le village et jusque dans les villages voisins.
Les habitants s'interrogèrent.
— Pourquoi ce cri ?
Personne ne le comprit.
Puis la première pluie tomba.
Avant même le chant du coq, Kaman quitta discrètement sa case.
Cette nuit-là, quelque chose d'extraordinaire se produisit.
Il laboura le champ de son tuteur.
Puis celui de ses voisins.
Puis celui de tout le village.
Il laboura les champs de mil, de maïs, de fonio, d'arachides, de sorgho et de manioc.
Il travailla sans relâche jusqu'à ce que tous les champs soient prêts à recevoir les semences.
Et lorsqu'il eut terminé, il poursuivit son œuvre dans la forêt. Les arbres tombaient autour de lui comme si la terre elle-même avait décidé de lui confier sa force.
À l'aube, personne ne savait encore où il se trouvait.
Le vieux couple, inquiet, alla le chercher. En découvrant que tous les champs avaient été labourés, le vieil homme comprit enfin.
Les larmes aux yeux, il murmura :
« Toute chose a son fondement. Celui qui sait attendre finit par comprendre. »
Le chef du village envoya le meilleur cavalier à la recherche de Kaman.
Après une longue chevauchée, celui-ci le trouva encore en train de travailler.
Il lui apporta son petit-déjeuner et lui demanda :
— Qui es-tu réellement, Kaman ?
Le jeune homme répondit simplement :
« Toute chose a sa raison d'être. Avant de juger l'arbre, attends qu'il porte ses fruits. »
Sur le chemin du retour, il raconta son histoire : son enfance, les craintes de ses parents, les moqueries de ses camarades et l'accueil bienveillant du vieux couple.
Le village entier l'accueillit avec des chants, des bénédictions et des prières.
Lorsque vint le temps des récoltes, elles furent si abondantes que chacun se souvint avec reconnaissance du travail accompli par Kaman.
Ses camarades éprouvèrent du regret de l'avoir méprisé.
Avant son départ, une grande fête fut organisée en son honneur. Les anciens le bénirent et déclarèrent qu'il était devenu un modèle de courage et de persévérance.
De retour dans son village natal, Kaman fut accueilli comme un fils dont la valeur avait enfin été reconnue.
Les anciens racontent encore aujourd'hui son histoire sous l'arbre à palabres.
Ils disent aux enfants :
« 𝑵𝒆 𝒕𝒆 𝒎𝒐𝒒𝒖𝒆 𝒋𝒂𝒎𝒂𝒊𝒔 𝒅𝒆 𝒄𝒆𝒍𝒖𝒊 𝒒𝒖𝒊 𝒂𝒗𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒍𝒆𝒏𝒕𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕, 𝒄𝒂𝒓 𝒏𝒖𝒍 𝒏𝒆 𝒔𝒂𝒊𝒕 𝒍𝒆 𝒕𝒓𝒆́𝒔𝒐𝒓 𝒒𝒖𝒆 𝑫𝒊𝒆𝒖 𝒂 𝒅𝒆́𝒑𝒐𝒔𝒆́ 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒔𝒐𝒏 𝒄œ𝒖𝒓. »
L'histoire de Kaman nous enseigne qu'aucun enfant ne grandit au même rythme. Certains révèlent très tôt leurs talents ; d'autres ont besoin de temps, de confiance et d'encouragements pour découvrir la force qui sommeille en eux.
Aux jeunes d'aujourd'hui, Kaman rappelle que les jugements des autres ne définissent jamais votre avenir. Travaillez avec persévérance, gardez confiance en vos capacités et ne cessez jamais de croire en ce que vous pouvez devenir.
Aux parents, grands-parents et éducateurs, son histoire rappelle qu'un enfant n'est pas seulement un être à nourrir et à protéger. Il est une graine précieuse qu'il faut cultiver avec patience, amour et sagesse. Les valeurs que nous transmettons aujourd'hui deviendront la richesse de nos familles et de nos villages demain.
Car transmettre à nos enfants l'amour du travail bien fait, le respect des autres, la persévérance et la confiance en eux-mêmes est le plus bel héritage que nous puissions leur laisser.
Et comme le disait toujours Kaman :
« 𝑪𝒆𝒍𝒖𝒊 𝒒𝒖𝒊 𝒔𝒂𝒊𝒕 𝒂𝒕𝒕𝒆𝒏𝒅𝒓𝒆 𝒇𝒊𝒏𝒊𝒕 𝒑𝒂𝒓 𝒄𝒐𝒎𝒑𝒓𝒆𝒏𝒅𝒓𝒆. »
Ainsi parlent les anciens.
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Yéro et la vache retrouvée

Written by admin on 16 Juillet 2026. Posted in Contes.

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Un enfant se guide avec la sagesse du cœur, jamais avec la dureté de la punition.

« Le conte est une calebasse pleine de sagesse. Celui qui l'écoute avec son cœur n'en perd pas une seule goutte. »

Il était une fois. Oui, il était une fois, dans un village où le soleil réchauffait les cases et où les troupeaux faisaient la richesse des familles, un homme, son épouse et leur jeune fils nommé Yéro.

Le garçon avait reçu une grande responsabilité pour son âge : garder le troupeau de son père. Parmi toutes les bêtes, il y avait une magnifique vache noire nommée Nag. Elle était douce et robuste, et l'enfant l'aimait beaucoup.

Un jour pourtant, Nag s'éloigna du troupeau et ne rentra pas au village.

Le garçon courut prévenir son père :

— Père, Nag n'est pas revenue.

Son père fronça les sourcils et répondit sévèrement :

 — Elle ne revient pas, et tu viens me l'annoncer au lieu d'aller la chercher ? Si Nag s'est perdue, tu ne reviendras pas non plus tant que tu ne l'auras pas retrouvée !

Le petit Yéro, les yeux baissés, répondit :

— Je l'ai cherchée partout, Père, mais je ne l'ai pas trouvée.

Il alla alors voir sa mère.

 — Mère, Nag n'est pas revenue. — L'as-tu dit à ton père ? demande-t-elle. — Oui. Il m'a dit que si je ne retrouve pas Nag, je ne pourrai pas rentrer à la maison.

La mère soupira.

 — Ton père est le maître de cette maison. Je n'ai rien à ajouter à ses paroles.

Le cœur lourd, l'enfant prit le chemin de la brousse. Arrivé à l'orée de la forêt, il inventa une chanson qu'il fredonna tout au long de sa quête :

« Nag, ma vache, réponds-moi, Ma belle, réponds-moi. Père dit que ta perte est ma perte. Mère dit que ta perte est ma perte. Ô ma Nag, réponds-moi ! »

Porté par le vent, un meuglement lui répondit au loin.

Il marcha. Il marcha encore.

Il marcha sous le soleil brûlant.

Il marcha sous la lune silencieuse.

Il marcha jusqu'à ce que les saisons changent leurs habits.

Le garçon marcha jusqu'à un premier village et demanda :

— Avez-vous vu une vache noire avec une belle raie sur le flanc ?

Les villageois lui répondirent :

 — Oui, elle est passée hier, lorsque le soleil régnait au milieu du jour.

Yéro reprit sa route. Dans un autre village, on lui dit :

— Elle est passée au cœur de l'après-midi, lorsque le soleil commençait doucement sa descente vers l'ouest.

Ainsi, il marcha encore et encore. Dans chaque village, on lui racontait la même histoire :

— Ta vache ne s'est pas arrêtée ici. Mais nous avons remarqué qu'elle portait la vie en elle.

Plus loin, on lui annonça :

— Elle a donné naissance à un beau veau.

Le garçon continua son chemin. Dans un autre village, on lui dit :

 — Son veau est devenu grand et a lui-même accueilli deux petits.

Les saisons passèrent. Puis un jour, des villageois lui racontèrent :

— Ce n'est plus une seule vache que nous avons vue, mais tout un troupeau !

Le petit Yéro grandit sur les chemins. Il devint un adolescent, puis un jeune homme.

Un soir, dans un lointain pays, un vieil homme lui dit :

 — Oui, j'ai vu passer un immense troupeau hier, lorsque le soleil allait dormir derrière les collines. Il y avait des mères, des pères et des veaux qui couraient dans la poussière dorée du crépuscule.

Le jeune homme demanda l'hospitalité pour la nuit. Le lendemain, lorsque les ombres se cachèrent sous les pieds des hommes tant le soleil était haut dans le ciel, il se rendit près du grand puits où les troupeaux venaient se désaltérer.

Et soudain, il les vit.

En tête du troupeau marchait Nag. Sa Nag. Plus belle encore que dans ses souvenirs.

Les yeux remplis d'émotion, il l'appela trois fois : — Nag ! Nag ! Nag !

La vache s'arrêta. Elle poussa un long meuglement joyeux, puis s'approcha de lui pour lui lécher les mains et le visage, comme pour lui dire : « Je ne t'ai jamais oublié. »

Les habitants du village, émerveillés, lui demandèrent :

— Qui es-tu donc pour que cette vache te reconnaisse ainsi ?

Le jeune homme répondit :

— Elle appartenait au troupeau de mon père. Je la cherche depuis que je suis un tout petit enfant, je m'appelle Yéro.

Les anciens hochèrent la tête.

— Une bête n'oublie jamais celui qui l'a aimée, dirent ils. Ce troupeau t'appartient autant qu'à ton histoire.

Le jeune homme reprit alors le chemin du retour avec Nag et son immense descendance. Après un long voyage, il arriva enfin au village.

Il attacha les bêtes dans l'enclos et alla trouver son père.

— Père, Nag est revenue.

Son père n'en croyait pas ses oreilles.

— Où est-elle ?

 — Elle est là, avec tout le troupeau qu'elle a fait naître au cours des saisons.

Le jeune homme alla ensuite embrasser sa mère. Puis il leur raconta les longues années passées sur les routes, la faim, la fatigue, les nuits sous les étoiles et les villages traversés.

Pendant toutes ces années, il n'avait même pas eu le temps de couper ses cheveux. Des oiseaux avaient trouvé refuge dans son épaisse chevelure.

Son père, émerveillé par l'immense troupeau, posa affectueusement sa main sur la tête de son fils. Un petit oiseau effrayé s'envola aussitôt vers le ciel.

Yéro dit alors :

 — Père, cet oiseau a vécu avec moi pendant toutes ces années. Tu l'as laissé s'envoler sans savoir d'où il venait ni combien il m'était précieux. Je voudrais que tu me le rapportes.

Son père répondit avec étonnement :

 — Mais mon fils, comment pourrais-je attraper un oiseau qui a choisi le ciel ?

Le jeune homme le regarda longuement et dit avec douceur :

— Voilà ce que je ressentais lorsque tu m'as demandé de retrouver une vache perdue au bout du monde. Certaines choses sont trop lourdes pour les épaules d'un enfant.

Ces paroles traversèrent le cœur de son père comme la pluie traverse la terre sèche.

Sa mère baissa les yeux et murmura :

— J'aurais dû te consoler lorsque tu étais petit. Une mère ne doit jamais laisser un enfant porter seul son chagrin.

Le père demanda alors pardon à son fils. Les anciens du village furent réunis sous le grand arbre à palabres afin d'écouter son récit.

Après l'avoir entendu, le plus ancien des sages déclara :

 « Celui qui veut faire grandir un arbre ne tire jamais sur ses branches. Il l'arrose avec patience et le protège du vent. »

Puis il ajouta : « Un enfant ne devient pas courageux parce qu'il souffre. Il devient courageux parce qu'il sait qu'il est aimé. »

Les anciens décidèrent que, pendant plusieurs lunes, le père et la mère prendraient soin des enfants du village lors des fêtes et des veillées afin de se souvenir qu'éduquer un enfant est un honneur qui demande douceur, écoute et justice.

Le jeune homme leur pardonna. Il partagea avec eux la joie du troupeau retrouvé et demeura au village pour raconter son histoire aux plus jeunes.

Ainsi, chacun apprit qu'éduquer un enfant est un chemin que l'on parcourt ensemble. Car l'enfant d'une seule famille appartient aussi au village tout entier.

Le conte est terminé. Si vous l'avez aimé, gardez-le dans votre cœur comme l'eau fraîche au fond de la calebasse.

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𝐀𝐦𝐢𝐧𝐚𝐭𝐚, 𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐦𝐢𝐥𝐥𝐞 𝐟𝐢𝐧𝐬

Written by admin on 14 Juillet 2026. Posted in Contes.

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𝑳'𝑯𝒊𝒔𝒕𝒐𝒊𝒓𝒆 𝒒𝒖𝒊 𝒂𝒕𝒕𝒆𝒏𝒅 𝒗𝒐𝒕𝒓𝒆 𝒑𝒂𝒓𝒐𝒍𝒆
Écoutez, écoutez, gens du village !

Approchez-vous du feu qui danse sous les étoiles. Que les enfants se taisent un instant, que les anciens ouvrent leurs oreilles et que les voyageurs déposent leur bâton de marche.

Car un conte n'est pas seulement fait pour être entendu : il est fait pour être partagé.

Je vais vous raconter l'histoire d'Aminata, la jeune fille que la mort emporta avant que l'amour, l'amitié et la magie ne la ramènent parmi les vivants.

Il y a bien longtemps, dans un village entouré de collines et de grands baobabs, vivaient trois jeunes hommes. Ils étaient amis depuis leur plus tendre enfance. On disait d'eux qu'ils étaient comme les trois pierres qui soutiennent la marmite : si l'une venait à manquer, le repas ne pouvait être préparé.

Ils partageaient leurs joies et leurs peines, leurs récoltes et leurs rêves. Leur amitié était si solide que nul ne pouvait imaginer qu'un jour elle serait mise à l'épreuve.

Mais le cœur de l'homme est un tam-tam dont nul ne connaît toujours le rythme.

Un jour, leurs regards se posèrent sur la même jeune fille.

Elle se nommait Aminata.

Sa beauté était semblable à la lune qui éclaire les chemins des voyageurs. Son sourire était doux comme le miel sauvage et sa voix légère comme le chant des oiseaux au lever du soleil.

Chacun des trois jeunes hommes l'aima en silence. Aucun n'osa révéler son secret à ses compagnons, de peur de blesser leur amitié. Ainsi, chacun porta son amour dans son cœur comme on garde un précieux cauri dans le creux de sa main.

Les saisons passèrent jusqu'au jour où la vérité éclata.

Les trois amis découvrirent qu'ils aimaient la même jeune fille.

Ils comprirent alors que l'amour pouvait devenir un feu capable de consumer les plus belles maisons.

Le plus sage des trois prit la parole :

— Mes frères, un seul fruit ne peut nourrir trois voyageurs. Si nous restons ici, nous risquons de perdre notre temps, nos richesses et peut-être même notre amitié. Partons chercher notre destinée au-delà des collines.

Les autres approuvèrent ses paroles.

Ils quittèrent leur village et parcoururent des contrées lointaines. Ils travaillèrent avec courage et honnêteté. Dieu bénit leurs mains et leurs efforts, si bien qu'ils devinrent riches et respectés partout où ils passaient.

Lorsque vint le temps de rentrer chez eux, chacun voulut rapporter un objet extraordinaire, digne des récits que l'on raconte aux veillées.

Le premier découvrit un bâton ancien, sculpté dans un bois mystérieux. Le marchand lui dit :

— Ce bâton connaît les chemins que même la mort ignore. Celui qui en touche un défunt lui rendra le souffle de vie.

Le deuxième acheta un magnifique tapis tissé de fils plus brillants que les étoiles.

— Assieds-toi sur lui, lui expliqua le marchand, et il te conduira partout où ton cœur désire aller. Il vole plus vite que l'hirondelle et plus loin que le vent du désert.

Le troisième acquit un miroir aux reflets profonds comme les eaux d'un fleuve sacré.

— Ce miroir te montrera ce qui se passe aux quatre coins du monde. Rien ne peut lui être caché.

Les trois amis reprirent alors le chemin de leur village, impatients de découvrir les pouvoirs de leurs merveilleux trésors.

À peine furent-ils arrivés que le propriétaire du miroir voulut le mettre à l'épreuve.

Il regarda dans sa surface brillante et son visage se couvrit aussitôt de tristesse.

— Mes frères ! Que le Créateur nous vienne en aide ! Je vois Aminata... elle est morte !

Les deux autres s'approchèrent avec effroi.

— Que dis-tu ?

— Les habitants du village la portent en ce moment même vers le cimetière. Ils s'apprêtent à lui offrir sa dernière demeure.

Le silence tomba sur les trois amis comme une nuit sans lune.

Puis celui qui possédait le tapis s'écria :

— Nous ne pouvons la laisser partir ! Mon tapis nous conduira jusqu'à elle avant qu'il ne soit trop tard.

Et celui qui possédait le bâton ajouta :

— Si Dieu nous accorde sa bénédiction, je la rappellerai du royaume des ombres.

Sans perdre une seule seconde, ils montèrent sur le tapis magique.

Le tapis s'éleva dans les airs et fendit le ciel comme un aigle royal. Il traversa les montagnes, les rivières et les plaines en un clin d'œil.

Lorsqu'ils arrivèrent au cimetière, les pleureuses chantaient déjà leurs lamentations. Les hommes du village s'apprêtaient à refermer la tombe sur la jeune Aminata.

— Arrêtez ! crièrent les trois voyageurs.

Les villageois les regardèrent avec étonnement.

Celui qui portait le bâton sacré s'approcha alors du corps inanimé. Il leva les yeux vers le ciel, demanda la bénédiction du Très-Haut et toucha doucement Aminata avec son bâton.

Ô miracle !

Ses doigts frémirent.

Ses paupières s'ouvrirent.

Son souffle revint dans sa poitrine.

Et la jeune fille se redressa, vivante et souriante, telle une fleur qui renaît après la longue saison sèche.

Les chants funèbres devinrent des chants de joie. Les villageois rendirent grâce au Créateur et célébrèrent ce prodige jusqu'au lever du soleil.

Mais bientôt, une question surgit dans tous les esprits, une question aussi difficile à résoudre qu'un nœud dans la corde du pêcheur :

Qui mérite la main d'Aminata ?

Celui qui, grâce au miroir magique, a découvert qu'elle était morte ?

Celui qui, grâce au tapis volant, a permis à ses amis d'arriver avant qu'il ne soit trop tard ?

Ou celui qui, grâce au bâton sacré, lui a rendu la vie ?

Les anciens du village se réunirent sous l'ombre du grand baobab. Ils discutèrent longtemps, jusqu'à ce que la lune soit haute dans le ciel.

Mais, mes frères et mes sœurs, l'histoire ne s'arrête pas là.

Le conteur peut conduire ses pas jusqu'au seuil de la sagesse, mais il ne franchit jamais la porte à la place de ceux qui l'écoutent.

Les anciens disent :

« Une seule main ne peut attacher un fagot de bois. »

Sans le miroir, nul n'aurait su qu'Aminata avait quitté le monde des vivants.

Sans le tapis magique, ils seraient arrivés trop tard et la terre aurait déjà refermé ses bras sur elle.

Sans le bâton sacré, Aminata ne serait jamais revenue parmi les siens.

Alors, dites-moi...

Qui mérite la main d'Aminata ?

Celui qui a vu ce que les autres ne pouvaient voir ?

Celui qui a franchi les montagnes plus vite que le vent ?

Ou celui qui a vaincu la mort et rappelé la jeune fille à la vie ?

Et si aucun des trois ne la méritait davantage qu'un autre ?

Car n'oublions jamais qu'Aminata n'est ni un trésor gagné au marché, ni une récompense que l'on remet au plus valeureux. Elle possède un cœur, une parole et une volonté.

Peut-être que la véritable question est celle-ci :

Après être revenue du royaume des ancêtres, lequel de ces trois hommes Aminata choisirait elle elle-même ?

𝗝𝗲 𝘃𝗼𝘂𝘀 𝗹𝗮𝗶𝘀𝘀𝗲 𝗱𝗲́𝘀𝗼𝗿𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗹𝗮 𝗽𝗮𝗿𝗼𝗹𝗲.

Car le conte appartient au conteur lorsqu'il est raconté, mais il appartient au public lorsqu'il est terminé.

Alors, sous l'ombre du grand baobab, que chacun donne son avis. Si vous aviez été l'un des sages du village, quelle décision auriez-vous prise ?

Mon histoire est terminée.

La vôtre commence maintenant.

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𝐌𝐚𝐫𝐢𝐚𝐦𝐚 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐠𝐨𝐮𝐫𝐝𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐩𝐚𝐫𝐥𝐚𝐢𝐭

Written by admin on 14 Juillet 2026. Posted in Contes.

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L’épreuve de la méchanceté
On raconte que, dans un village de Casamance, vivait une jeune fille d'une beauté si éclatante qu'elle effaçait toutes les autres. Mariama était son nom, et sur ses lèvres fleurissait toujours un sourire qui faisait battre le cœur des garçons et pâlir d'envie celui des filles.
Dans ce village, on ne parlait que d'elle. Les jeunes hommes se disputaient un regard, les vieux s'extasiaient sur sa grâce, et les mères rêvaient secrètement qu'un jour leur fils l'épouserait. Quant aux autres filles, elles étaient condamnées à l'ombre de cette gloire qui ne leur laissait aucune place.
La frustration grandit en elles comme une mauvaise herbe. Un jour, elles se réunirent en secret, à l'abri des regards, et leurs voix se firent basses et amères :
— Que faire ? Nous sommes si nombreuses dans ce village, et pourtant on n'aperçoit qu'elle ! Mariama, toujours Mariama ! Il nous faut trouver un moyen de l'éloigner.
Leurs regards se croisèrent, chargés d'une détermination sombre.
— Oui, il faut qu'elle disparaisse de notre chemin.
Elles partirent en forêt, là où les arbres sont si vieux qu'ils ont vu naître les premiers hommes. C'est là qu'elles trouvèrent un serpent. Mais ce n'était pas un serpent ordinaire : c'était un génie, un être de l'invisible, qui avait pris cette forme pour éprouver les humains.
— Ô grand serpent, nous avons besoin de ton aide, lui dirent-elles. Une fille de notre village est trop aimée, trop admirée. Elle nous vole tout : l'attention, la considération, l'amour. Nous voulons nous débarrasser d'elle.
Le serpent releva sa tête, ses yeux brillant d'une lueur malicieuse.
— Cela peut s'arranger.
Les filles se réjouirent.
— Demain, venez la chercher, poursuivit le serpent. Dites-lui d'aller cueillir de l'oseille avec vous. Sur le chemin, vous me trouverez métamorphosé en une jolie petite gourde. Faites semblant d'être surprises, dites-lui de la ramasser puisque c'est elle la plus belle, la plus digne de posséder un si bel objet. Elle ne pourra pas refuser.
Les filles rentrèrent chez elles, le cœur léger, comme si leur victoire était déjà certaine.
Le lendemain, sous le soleil de l'après-midi, elles vinrent frapper à la porte de Mariama.
— Mariama ! Mariama ! Viens avec nous cueillir de l'oseille !
La mère de Mariama leva les yeux :
— Ma fille travaille en ce moment.
— Nous l'aiderons, répondirent-elles en chœur.
Et elles tinrent parole. Elles aidèrent Mariama à puiser l'eau, à balayer la cour, à ranger le bois. Quand tout fut terminé, elles prirent le chemin de la brousse, chantant pour dissimuler leur mauvaise conscience.
Arrivées à l'endroit indiqué par le serpent, elles virent la petite gourde posée là, étincelante comme un bijou. L'une d'elles s'écria :
— Oh ! Quelle belle gourde !
Les autres firent cercle autour de Mariama :
— Prends-la, Mariama ! Elle est faite pour toi. Personne d'autre ne mérite un si bel objet.
Mariama hésita, puis sourit :
— Attendez, je vais la prendre.
Elle ramassa la gourde, la retourna entre ses mains, et rentra chez elle, sans se douter du mal qu'elle portait contre son sein.
— Maman, dit-elle en entrant, j'ai trouvé une gourde. Je ne sais pas d'où elle vient ni à quoi elle ressemble.
— Dépose-la dans le débarras, répondit sa mère.
La nuit tomba, enveloppant le village de son voile sombre. On prépara le dîner. Et soudain, du fond du débarras, une voix s'éleva, étrange et mélodieuse :
— Mariama, Mariama... oh, Mariama, j'ai faim !
Mariama sursauta :
— Maman, écoute ! La gourde parle comme un être humain !
La mère tendit l'oreille. La gourde répéta :
— Mariama, Mariama... oh, Mariama, j'ai faim.
— Apporte-lui à manger, dit la mère, troublée.
Mariama apporta du riz. La gourde mangea. Et quand elle eut fini, elle réclama encore. On lui apporta du mil. Elle mangea. Puis elle dévora le contenu des greniers, l'un après l'autre. Le riz disparut, le mil s'évanouit, comme avalés par un trou sans fond.
La gourde chanta encore :
— Mariama, Mariama. Oh, Mariama ! J'ai faim.
— Maman, elle réclame encore, dit Mariama, désemparée.
On la conduisit dans le parc des moutons. La gourde les décima. On la mena à l'enclos des chèvres, elle les extermina. On l'amena près du poulailler, elle dévora les volailles jusqu'à la dernière plume.
La faim s'installa dans la maison. Les parents de Mariama, désespérés, ne savaient plus à quel génie se vouer.
La gourde se mit à chanter d'une voix nouvelle :
— Mariama, Mariama, oh ! Mariama. La gourde veut s'en aller.
Mariama rapporta ces paroles à ses parents :
— La gourde veut partir, mais elle exige de m'emmener avec elle.
Le père et la mère se regardèrent, le cœur serré. Mariama était leur seul enfant, leur second étant encore au berceau. Mais la gourde était plus forte qu'eux.
— Va avec elle, puisqu'elle le veut, dirent-ils.
Avant de quitter le village, Mariama dut annoncer son départ à tous. Elle fit le tour des maisons. Quand elle dit aux garçons qu'elle s'en allait, certains pleurèrent si fort qu'ils en titubaient. Quant aux filles, elles riaient aux éclats, se roulaient par terre, tant leur joie était grande.
Mariama partit. Les garçons l'accompagnèrent jusqu'à la lisière du village, pleurant leur amour perdu. Les filles riaient toujours, croyant leur vengeance accomplie.
Sur le chemin, la gourde, posée contre la hanche de Mariama, lui demandait de temps en temps :
— Connais-tu cet endroit ?
— Oui, répondait Mariama. C'est là que nous cueillons l'oseille.
— Et ici ?
— C'est la plaine où nous faisons nos besoins.
— Et là-bas ?
— C'est notre brousse !
Elles avancèrent ainsi jusqu'à un lieu inconnu de Mariama.
— Connais-tu cet endroit ? demanda la gourde.
— Non, je ne le connais pas, répondit-elle.
La gourde se métamorphosa soudain. Le serpent apparut, imposant, majestueux. Il parla d'une voix grave :
— Tu vois, Mariama, je ne suis ni une personne ni une gourde. Je suis un génie de la forêt. Tes amies m'ont envoyé pour te perdre. Mais je ne le ferai pas. Depuis que tu m'as accueilli chez toi, tu m'as traité avec douceur. J'ai vidé les greniers de ta mère, dévoré les troupeaux de ton père, mais je ne te ferai aucun mal. En revanche, je te retiendrai ici.
Le temps passa. Les parents de Mariama, croyant leur fille perdue à jamais, commencèrent à l'oublier. Le petit frère grandit. Et Mariama vivait dans le creux du fromager, prisonnière du génie.
Mais un jour, le serpent la convoqua :
— Mariama, je veux te récompenser de ta bonté.
— Est-ce vrai ? demanda-t-elle.
— Oui, répondit le serpent.
Il lui offrit un troupeau de bœufs, un troupeau de chevaux, un troupeau de chaque animal domestique. Il lui donna des sacs d'or et d'argent, des esclaves pour la servir. Il l'installa sur un cheval blanc comme la lune et lui dit de rentrer chez elle.
Mariama s'ébranla, suivie de son riche cortège. Et tandis qu'elle avançait, le génie, resté dans la forêt, faisait entendre sa voix :
— Mariama, Mariama. Oh, Mariama ! J'ai faim.
Et Mariama répondait en écho :
— Maman, papa, écoutez ! La gourde parle notre langue.
Un jour, le cortège approcha du village. Le petit frère de Mariama, devenu grand, tendit l'oreille et dit :
— Mère, j'entends une clameur. On dirait le nom de Mariama !
La mère, croyant son enfant ensorcelé, lui donna une gifle :
— Tais-toi ! Ma fille est perdue depuis longtemps. Es-tu devenu fou ?
L'enfant se tut, mais le cortège continuait d'avancer, et la voix du génie résonnait toujours.
Quand Mariama entra dans le village, la poussière se leva derrière elle, si dense qu'elle voilait le soleil. Les filles qui avaient ourdi le complot furent transformées en rôniers, leurs corps devenus des troncs épineux, châtiment de leur jalousie.
Mariama traversa le village en majesté. Elle envoya des messagers aux garçons : elle était vivante, elle était revenue, et tout ce qu'elle possédait n'était que la rançon du complot tramé contre elle.
Les garçons accoururent, ivres de joie. Certains se roulaient par terre tant leur bonheur était grand.
Mariama arriva devant la case de ses parents. Elle leur offrit tout ce qu'elle avait rapporté : les troupeaux, les sacs d'or et d'argent, les esclaves. Sa mère pleura, son père trembla d'émotion, et le petit frère comprit que la voix qu'il avait entendue n'était pas un mensonge.
Ainsi se termina l'histoire de Mariama et de la gourde qui parlait. Elle avait survécu, non par la ruse ou la force, mais parce qu'elle avait su garder son cœur pur.
Et le village apprit ce jour-là que la bonté, même face à la haine, finit toujours par triompher.
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𝐋'𝐨𝐢𝐬𝐞𝐚𝐮, 𝐥𝐞 𝐬𝐞𝐫𝐩𝐞𝐧𝐭 𝐞𝐭 𝐥𝐞 𝐠𝐫𝐚𝐧𝐝 𝐝𝐞́𝐥𝐮𝐠𝐞

Written by admin on 13 Juillet 2026. Posted in Contes.

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𝑳𝒆 𝒎𝒂𝒍𝒉𝒆𝒖𝒓 𝒅𝒆 𝒍’𝒖𝒏 𝒆𝒔𝒕 𝒍𝒆 𝒎𝒂𝒍𝒉𝒆𝒖𝒓 𝒅𝒆 𝒕𝒐𝒖𝒔
𝐽'𝑎𝑖 𝑢𝑛𝑒 ℎ𝑖𝑠𝑡𝑜𝑖𝑟𝑒 !
𝑂𝑛 𝑡'𝑒́𝑐𝑜𝑢𝑡𝑒 𝑇𝑜𝑛𝑡𝑜𝑛 𝐵𝑎𝑑𝑜𝑢 !
𝐶̧𝑎 𝑠'𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑠𝑠𝑒́ 𝑢𝑛 𝑗𝑜𝑢𝑟...
... 𝑒𝑡 𝑐̧𝑎 𝑠𝑒 𝑝𝑎𝑠𝑠𝑒 𝑒𝑛𝑐𝑜𝑟𝑒 !


On raconte qu'une vieille femme partageait sa case avec un serpent et un oiseau. Chaque fois que l'oiseau pondait, le serpent avalait l'œuf.

N'en pouvant plus, l'oiseau alla voir une personne et lui dit :
— Un malheur ne vient jamais seul et seule la paix préserve le bon voisinage. Je voudrais que tu ailles dire au serpent d'arrêter d'avaler mes œufs.

L'homme lui répondit :
— Qu'est-ce qu'une personne vient faire dans une querelle de serpent et d'oiseau ? Cela ne me concerne pas. Va voir un autre.

L'oiseau s'en alla voir la souris ; celle-ci dressa ses moustaches et se mit debout. Alors l'oiseau lui parla :
— Je voudrais que tu ailles voir la personne pour qu'elle dise au serpent de cesser d'avaler mes œufs ; chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale.

La souris répondit :
— Tu sais bien que c'est toujours cachée que je vis dans la case de la personne ; si elle me voit, aussitôt je meurs. Comment donc irais-je voir la personne pour qu'elle avertisse le serpent ? Va voir un autre, cela ne me concerne pas.

L'oiseau répliqua :
— Ah ! bon ! d'accord ! Un malheur ne vient jamais seul !

L'oiseau consulta ensuite le lézard et lui dit :
— Nous partageons tous la case, c'est pourquoi je voudrais que tu ailles voir la personne afin qu'elle ordonne au serpent de ne plus avaler mes œufs ; chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale, chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale.

Et le lézard répondit :
— Tu sais que si la personne me voit, c'est ma mort. Elle n'aime pas me voir courir sur ses murs et si par mégarde son regard se pose sur moi, elle me chasse aussitôt. Comment irai-je donc voir la personne pour lui dire d'avertir le serpent ? Va voir un autre.

L'oiseau dit :
— Ah ! bon ! Puisqu'il en est ainsi, je vais voir un autre.

L'autre dit :
— Oui.

L'oiseau consulta ensuite l'araignée et lui narra toutes les péripéties, il enchaîna :
— Tous ceux que j'ai envoyés ont refusé, c'est pourquoi je t'envoie dire à la personne d'avertir le serpent pour qu'il épargne mes œufs ; chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale, chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale.

L'araignée répondit :
— Moi, je sais que toute toile que je fabrique la nuit dans la case, la personne la défait quand elle se réveille. Je ne peux donc lui dire de ta part quoi que ce soit. Va voir un autre.

L'oiseau alla voir le chien et lui dit :
— Chien, nous sommes tous dans la case et un malheur ne vient jamais seul ! Je voudrais que tu dises de ma part à la personne d'avertir le serpent pour qu'il cesse d'avaler mes œufs car un malheur ne vient jamais seul.

Le chien lui répondit :
— Moi, je garde la maison de la personne toute la nuit, mais quand son repas est prêt, c'est un petit os qu'elle me sert ou tout au plus, je n'ai à ronger que les restes laissés par les enfants. Elle ne m'écoutera pas.

L'oiseau dit :
— Je vais donc voir l'âne.

Il lui parla en ces termes :
— Âne, je voudrais t'envoyer dire à la personne de dire au serpent de laisser ses œufs car tu sais bien qu'un malheur ne vient jamais seul !

L'âne lui répondit :
— Tu sais que la personne m'accable de fardeaux et non contente de cela, elle me frappe avec son bâton. Et qu'est-ce qu'un âne vient faire dans une querelle opposant un oiseau et un serpent ? Va voir un autre. Je n'irai pas lui dire quoi que ce soit parce qu'elle ne m'aime pas, elle est mon ennemie.

L'oiseau dit :
— Ah bon ?

L'autre dit :
— Oui.

Il dit :
— Ça va, je vous ai tous dit qu'un malheur ne vient jamais seul et que seule la paix préserve le bon voisinage mais puisqu'il en est ainsi, je vais voir le coq.

Il alla trouver le coq, le coq lui dit :
— Moi, la personne, c'est mon chant qui la tire de son sommeil et pourtant quand on pile le mil, quelques grains que les enfants éparpillent au bord du mortier constituent ma subsistance ; ou bien encore quand elle reçoit un étranger, elle ordonne qu'on m'attrape et qu'on m'égorge ; la personne étant mon ennemie, je ne peux aller la voir pour qu'elle arrange une histoire entre le serpent et l'oiseau. Ça ne me concerne pas, va voir un autre.

L'oiseau dit :
— C'est bon ! Un malheur ne vient jamais seul et seule la paix préserve le bon voisinage. Je vous ai tous dit d'interdire au serpent d'avaler mes œufs et comme réponse vous dites que cela ne vous concerne pas. Je vais voir le mouton.

L'oiseau dit au mouton :
— Je voudrais que tu ailles voir la personne afin qu'elle avertisse le serpent à propos de mes œufs qu'il avale ; chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale, chaque fois que je ponds un œuf, il l'avale, et tu sais qu'un malheur ne vient jamais seul !

Le mouton lui répondit :
— La personne m'entretient jusqu'à ce que je sois gras, m'élève jusqu'à ce que je devienne grand, me rend familier à elle et pourtant quand la fête arrive, elle ordonne qu'on m'attrape et qu'on m'égorge. Ce que je peux te dire en peu de mots est qu'une querelle entre une personne, un oiseau et un serpent ne me concerne pas. Va voir un autre.

L'oiseau dit :
— Ah bon ?

L'autre dit :
— Oui.

Il dit :
— D'accord !

L'oiseau, fatigué de n'être pas écouté, s'envola tout en haut du grand arbre qui dominait la case. Le ciel commença alors à s'assombrir. De lourds nuages noirs s'accumulèrent et un terrible orage éclata.

La pluie se mit à tomber, d'abord fine, puis de plus en plus forte, se transformant bientôt en un véritable déluge. Le vent soufflait en tempête. L'oiseau, bien à l'abri sous le feuillage épais, regardait la case. Comme personne n'avait voulu s'unir pour régler le problème du serpent et s'occuper de la vie de la maison, le toit de paille commença à céder sous le poids de l'eau.

Bientôt, l'eau monta si haut qu'elle envahit la case. Ce fut une panique générale ! La vieille femme, l'âne, le mouton, le coq et le chien durent s'enfuir en courant sous la pluie battante, trempés et grelottants. La souris, l'araignée et le lézard durent grimper en catastrophe sur les branches pour ne pas être noyés. Quant au serpent, emporté par le courant, il disparut au loin.

La case s'effondra complètement, balayée par les eaux du déluge, laissant tous ses habitants sans abri.

Quand la tempête se calma enfin, l'oiseau rassembla tout le monde sur une branche et déclara :
— Je prévoyais tout cela, c'est pourquoi je vous ai demandé de l'aide. Chaque fois, vous m'avez répondu qu'une querelle entre un serpent et un oiseau ne vous concernait pas. Maintenant, vous voyez les conséquences : le malheur de l'un est devenu le malheur de tous. Seule la bonne entente préserve le voisinage.

Alors, le conte alla rejoindre la mer et celui qui le huma, entra au paradis.

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