𝑳'𝑯𝒊𝒔𝒕𝒐𝒊𝒓𝒆 𝒒𝒖𝒊 𝒂𝒕𝒕𝒆𝒏𝒅 𝒗𝒐𝒕𝒓𝒆 𝒑𝒂𝒓𝒐𝒍𝒆
Écoutez, écoutez, gens du village !

Approchez-vous du feu qui danse sous les étoiles. Que les enfants se taisent un instant, que les anciens ouvrent leurs oreilles et que les voyageurs déposent leur bâton de marche.

Car un conte n'est pas seulement fait pour être entendu : il est fait pour être partagé.

Je vais vous raconter l'histoire d'Aminata, la jeune fille que la mort emporta avant que l'amour, l'amitié et la magie ne la ramènent parmi les vivants.

Il y a bien longtemps, dans un village entouré de collines et de grands baobabs, vivaient trois jeunes hommes. Ils étaient amis depuis leur plus tendre enfance. On disait d'eux qu'ils étaient comme les trois pierres qui soutiennent la marmite : si l'une venait à manquer, le repas ne pouvait être préparé.

Ils partageaient leurs joies et leurs peines, leurs récoltes et leurs rêves. Leur amitié était si solide que nul ne pouvait imaginer qu'un jour elle serait mise à l'épreuve.

Mais le cœur de l'homme est un tam-tam dont nul ne connaît toujours le rythme.

Un jour, leurs regards se posèrent sur la même jeune fille.

Elle se nommait Aminata.

Sa beauté était semblable à la lune qui éclaire les chemins des voyageurs. Son sourire était doux comme le miel sauvage et sa voix légère comme le chant des oiseaux au lever du soleil.

Chacun des trois jeunes hommes l'aima en silence. Aucun n'osa révéler son secret à ses compagnons, de peur de blesser leur amitié. Ainsi, chacun porta son amour dans son cœur comme on garde un précieux cauri dans le creux de sa main.

Les saisons passèrent jusqu'au jour où la vérité éclata.

Les trois amis découvrirent qu'ils aimaient la même jeune fille.

Ils comprirent alors que l'amour pouvait devenir un feu capable de consumer les plus belles maisons.

Le plus sage des trois prit la parole :

— Mes frères, un seul fruit ne peut nourrir trois voyageurs. Si nous restons ici, nous risquons de perdre notre temps, nos richesses et peut-être même notre amitié. Partons chercher notre destinée au-delà des collines.

Les autres approuvèrent ses paroles.

Ils quittèrent leur village et parcoururent des contrées lointaines. Ils travaillèrent avec courage et honnêteté. Dieu bénit leurs mains et leurs efforts, si bien qu'ils devinrent riches et respectés partout où ils passaient.

Lorsque vint le temps de rentrer chez eux, chacun voulut rapporter un objet extraordinaire, digne des récits que l'on raconte aux veillées.

Le premier découvrit un bâton ancien, sculpté dans un bois mystérieux. Le marchand lui dit :

— Ce bâton connaît les chemins que même la mort ignore. Celui qui en touche un défunt lui rendra le souffle de vie.

Le deuxième acheta un magnifique tapis tissé de fils plus brillants que les étoiles.

— Assieds-toi sur lui, lui expliqua le marchand, et il te conduira partout où ton cœur désire aller. Il vole plus vite que l'hirondelle et plus loin que le vent du désert.

Le troisième acquit un miroir aux reflets profonds comme les eaux d'un fleuve sacré.

— Ce miroir te montrera ce qui se passe aux quatre coins du monde. Rien ne peut lui être caché.

Les trois amis reprirent alors le chemin de leur village, impatients de découvrir les pouvoirs de leurs merveilleux trésors.

À peine furent-ils arrivés que le propriétaire du miroir voulut le mettre à l'épreuve.

Il regarda dans sa surface brillante et son visage se couvrit aussitôt de tristesse.

— Mes frères ! Que le Créateur nous vienne en aide ! Je vois Aminata... elle est morte !

Les deux autres s'approchèrent avec effroi.

— Que dis-tu ?

— Les habitants du village la portent en ce moment même vers le cimetière. Ils s'apprêtent à lui offrir sa dernière demeure.

Le silence tomba sur les trois amis comme une nuit sans lune.

Puis celui qui possédait le tapis s'écria :

— Nous ne pouvons la laisser partir ! Mon tapis nous conduira jusqu'à elle avant qu'il ne soit trop tard.

Et celui qui possédait le bâton ajouta :

— Si Dieu nous accorde sa bénédiction, je la rappellerai du royaume des ombres.

Sans perdre une seule seconde, ils montèrent sur le tapis magique.

Le tapis s'éleva dans les airs et fendit le ciel comme un aigle royal. Il traversa les montagnes, les rivières et les plaines en un clin d'œil.

Lorsqu'ils arrivèrent au cimetière, les pleureuses chantaient déjà leurs lamentations. Les hommes du village s'apprêtaient à refermer la tombe sur la jeune Aminata.

— Arrêtez ! crièrent les trois voyageurs.

Les villageois les regardèrent avec étonnement.

Celui qui portait le bâton sacré s'approcha alors du corps inanimé. Il leva les yeux vers le ciel, demanda la bénédiction du Très-Haut et toucha doucement Aminata avec son bâton.

Ô miracle !

Ses doigts frémirent.

Ses paupières s'ouvrirent.

Son souffle revint dans sa poitrine.

Et la jeune fille se redressa, vivante et souriante, telle une fleur qui renaît après la longue saison sèche.

Les chants funèbres devinrent des chants de joie. Les villageois rendirent grâce au Créateur et célébrèrent ce prodige jusqu'au lever du soleil.

Mais bientôt, une question surgit dans tous les esprits, une question aussi difficile à résoudre qu'un nœud dans la corde du pêcheur :

Qui mérite la main d'Aminata ?

Celui qui, grâce au miroir magique, a découvert qu'elle était morte ?

Celui qui, grâce au tapis volant, a permis à ses amis d'arriver avant qu'il ne soit trop tard ?

Ou celui qui, grâce au bâton sacré, lui a rendu la vie ?

Les anciens du village se réunirent sous l'ombre du grand baobab. Ils discutèrent longtemps, jusqu'à ce que la lune soit haute dans le ciel.

Mais, mes frères et mes sœurs, l'histoire ne s'arrête pas là.

Le conteur peut conduire ses pas jusqu'au seuil de la sagesse, mais il ne franchit jamais la porte à la place de ceux qui l'écoutent.

Les anciens disent :

« Une seule main ne peut attacher un fagot de bois. »

Sans le miroir, nul n'aurait su qu'Aminata avait quitté le monde des vivants.

Sans le tapis magique, ils seraient arrivés trop tard et la terre aurait déjà refermé ses bras sur elle.

Sans le bâton sacré, Aminata ne serait jamais revenue parmi les siens.

Alors, dites-moi...

Qui mérite la main d'Aminata ?

Celui qui a vu ce que les autres ne pouvaient voir ?

Celui qui a franchi les montagnes plus vite que le vent ?

Ou celui qui a vaincu la mort et rappelé la jeune fille à la vie ?

Et si aucun des trois ne la méritait davantage qu'un autre ?

Car n'oublions jamais qu'Aminata n'est ni un trésor gagné au marché, ni une récompense que l'on remet au plus valeureux. Elle possède un cœur, une parole et une volonté.

Peut-être que la véritable question est celle-ci :

Après être revenue du royaume des ancêtres, lequel de ces trois hommes Aminata choisirait elle elle-même ?

𝗝𝗲 𝘃𝗼𝘂𝘀 𝗹𝗮𝗶𝘀𝘀𝗲 𝗱𝗲́𝘀𝗼𝗿𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗹𝗮 𝗽𝗮𝗿𝗼𝗹𝗲.

Car le conte appartient au conteur lorsqu'il est raconté, mais il appartient au public lorsqu'il est terminé.

Alors, sous l'ombre du grand baobab, que chacun donne son avis. Si vous aviez été l'un des sages du village, quelle décision auriez-vous prise ?

Mon histoire est terminée.

La vôtre commence maintenant.