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𝐊𝐨𝐮𝐦𝐛𝐚 𝐞𝐭 𝐬𝐨𝐧 𝐜𝐡𝐞𝐯𝐚𝐥

Written by admin on 12 Juillet 2026. Posted in Contes.

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𝑪𝒆𝒍𝒖𝒊 𝒒𝒖𝒊 𝒏'𝒆́𝒄𝒐𝒖𝒕𝒆 𝒑𝒂𝒔 𝒍𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒏𝒔𝒆𝒊𝒍𝒔 𝒅𝒆𝒔 𝒂𝒏𝒄𝒊𝒆𝒏𝒔, 𝒆́𝒄𝒐𝒖𝒕𝒆𝒓𝒂 𝒍𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒏𝒔𝒆𝒊𝒍𝒔 𝒅𝒖 𝒅𝒊𝒂𝒃𝒍𝒆.

Il était une fois, un conte qu'on écoute et qui existe encore.

Une jeune fille très belle, qui vivait avec son père et sa mère, décida qu'elle ne se marierait jamais avec un homme ayant des cicatrices. Chaque fois qu'un prétendant venait lui faire la cour, elle le conduisait dans l'arrière-cour, le lavait proprement et examinait son corps avec la plus grande minutie. S'il portait la moindre cicatrice, il était aussitôt éconduit. Elle agit de la sorte pendant très longtemps, jusqu'à ce qu'un génie finisse par l'entendre. C'était un génie d'une grande beauté, particulièrement grand, élancé, et fort.

Séduit, le génie se dit :
— J'irai faire la cour à cette fille-là !

Il sella son pur sang, quitta son domaine caché dans la brousse parmi les baobabs et se dirigea vers le village. En chemin, chaque fois qu'il dépassait un arbre, celui-ci se transformait instantanément en homme monté sur un cheval. Le prodige se répéta si souvent qu'il se retrouva bientôt à la tête d'une impressionnante escorte.

Dès que la jeune fille, qui pilait le mil dans son coin habituel, aperçut ce cavalier magnifique, elle fut si transportée qu'elle administra un coup de pilon sur la tête de sa mère. Celle-ci, affolée par ce geste soudain, s'entendit dire :
— Mère, viens vite ! Voilà un époux. Celui qui vient là-bas, c'est le mari qu'il me faut !

Le génie arriva, dessella sa monture, salua la famille et s'assit. La fille triomphante dit à sa mère :
— Qu'est-ce que je t'avais dit ?

Elle mena l'étranger dans l'arrière-cour, le lava avec soin et examina son corps : il était parfait. Le jeune homme était grand, svelte et magnifique ; elle ne décela chez lui aucune imperfection. Elle s'empressa de répéter à sa mère :
— N'est-ce pas que je te l'avais dit ? C'est véritablement un bon mari !

Sa mère garda le silence. Pour honorer cet invité de marque, on sacrifia des bœufs et on prépara un grand festin. Le père, convaincu, lui accorda la main de sa fille.

Le génie déclara alors :
— Je veux que vous me la confiez sur-le-champ pour que je l'emmène dans ma demeure. En échange, je vous accorderai tout ce que vous me demanderez. Exprimez vos souhaits.

On lui répondit simplement :
— Son départ ne dépend que de vous.

La jeune fille lui fut donc remise et les noces furent célébrées le soir même. La mère invita sa fille à faire ses adieux. Celle-ci se tourna d'abord vers son père :
— Que me donnes-tu comme bénédiction pour la route?

Le père, qui était un roi possédant d'immenses troupeaux, lui répondit :
— Va voir mes chevaux. Frappe-leur à tous la croupe. Si l'un d'eux hennit, c'est lui que tu emmèneras.

Elle interrogea ensuite sa mère :
— Mère, quel est ton cadeau de départ pour moi ?
— Ton chien et ton chat, répondit la mère. Tu ferais mieux de ne pas les laisser ici, emmène-les avec toi.

La jeune fille alla frapper la croupe des coursiers royaux. Mais chaque fois qu'elle levait la main, l'animal restait muet. Elle les passa tous en revue, un à un, jusqu'à atteindre le tout dernier. C'était un vieux canasson d'une maigreur effrayante qui, à sa surprise, se mit à hennir. Elle courut retrouver son père :
— J'ai frappé tous les chevaux et aucun n'a réagi, sauf ce vieux cheval tout maigre et fatigué là-bas. Tu te doutes bien que je ne peux pas emmener une telle bête !

Le père insista :
— Si, emmène-le.
— Je refuse de le prendre.
— Emmène-le, je te dis!
— Non père, ce cheval là, je ne l'emmènerai pas.

Devant son obstination, les anciens du village intervinrent :
— La parole d'un vieillard mérite d'être écoutée et respectée ! Celui qui n'écoute pas les conseils des anciens, écoutera les conseils du diable.

Elle accepta donc ce cheval. Son mari la prit en croupe sur sa propre monture, et ils se mirent en route, suivis par le vieux canasson, le chien et le chat. Le génie lança son cheval au galop. Ils chevauchèrent sans s'arrêter, s'enfonçant toujours plus loin, jusqu'à ce qu'ils aperçoivent le grand baobab solitaire au milieu de la brousse. Lorsqu'elle se retourna, le village avait totalement disparu et l'escorte s'était volatilisée.

Inquiète, elle demanda :
— Mais où sont passés tous les cavaliers qui nous escortaient ?
— Tu as vu les arbres de la forêt ? répondit le génie.
— Oui, dit-elle.
— Ce sont eux qui s'étaient changés en hommes pour me suivre. Ils n'ont rien d'humain. Et moi-même, je ne suis pas un homme : je suis un génie. Tu vois ce baobab là-bas ? C'est là que j'habite.

Saisie d'effroi, la jeune fille se sentit perdue. Ils pénétrèrent à l'intérieur du gigantesque tronc du baobab, qui abritait des chambres et des lits. Le génie la fit descendre de cheval, l'invita à se coucher, puis repartit.

Chaque matin, le génie partait chasser en brousse et rapportait du gibier que la jeune fille préparait pour leurs repas. Cette routine paisible dura une semaine. Mais un jour, le génie revint de la chasse bredouille et d'humeur sombre. Soudain, le vieux cheval se mit à hennir. La jeune fille sortit de la chambre et l'interrogea :
— Oh ! Samba, né de la nuit dernière, toi qui vaux mieux qu'une mère, mieux qu'un père, mieux qu'un voisin, qu'as-tu entendu qui te fait ainsi hennir ?

Le cheval lui révéla :
— Ton mari rentre les mains vides. À son arrivée, s'il ne tue pas ton chien, il s'en prendra à ton chat.

Le mari arriva en effet et appela :
— Mouss !

Le chat s'approcha et le génie l'assomma d'un coup sec.
— Fais-le cuire et mangeons-le, ordonna-t-il à sa femme.
— Je ne mange pas de chat, répliqua-t-elle.

Le génie fit cuire l'animal lui-même et le dévora. Le lendemain, il repartit à la chasse et revint de nouveau bredouille. Le cheval se mit encore à hennir et la fille lui demanda :
— Samba né de la nuit dernière, meilleur qu'un père, meilleur qu'une mère, meilleur qu'un voisin, qu'as-tu entendu qui te fait hennir ?
— Ton mari rentre encore à vide, répondit l'animal. Cette fois, s'il ne tue pas ton chien, c'est à moi, ton cheval, qu'il ôtera la vie.
— Que faut-il faire pour empêcher cela ? s'exclama-t-elle.
— Trouve une solution, répondit le cheval.

Le mari survint alors et appela :
— Viens, viens petit chien !

Le chien accourut et fut assommé sur-le-champ. Le génie dit à sa femme :
— Viens manger.
— Je ne mange pas de chien, répondit-elle fermement.

Le surlendemain, la chasse fut tout aussi infructueuse. Le cheval hennit de plus belle et la jeune fille courut aux nouvelles :
— Samba né de la nuit dernière, meilleur qu'une mère, meilleur qu'un père, meilleur qu'un voisin, qu'as-tu entendu ?
— Ton mari revient sans rien. S'il ne te tue pas toi, c'est moi qu'il tuera.
— Ah ! Que devons-nous faire maintenant ?
— Il faut fuir immédiatement et retourner d'où nous venons. Selle-moi vite et monte sur mon dos avant son retour.
— D'accord, accepta-t-elle.

Le cheval lui donna alors ses dernières instructions :
— Crache trois fois dehors. Puis, crache trois fois à chaque endroit où tu as eu l'habitude de t'asseoir. Fais le tour complet de la demeure en crachant tout autour. Quand ce sera fait, rejoins-moi et nous partirons.

Elle s'exécuta. Le cheval ajouta :
— Quoi qu'il arrive sur le chemin du retour, même si le génie se rapproche, nous talonne et tente de nous capturer, ne m'enfonce jamais l'éperon du côté droit. Si tu m'éperonnes à droite, un grand malheur arrivera. Garde ton sang-froid et évite le côté droit.

Ils s'enfuirent au triple galop. Peu après, le mari arriva au baobab et appela :
— Koumba ! Koumba !

Les premiers crachats répondirent à sa place.
— Viens me donner de l'eau, ajouta-t-il.

Il attendit, mais ne voyant personne venir, il cria de nouveau :
— Koumba ! Koumba !

D'autres crachats répondirent depuis une autre pièce. Le génie s'irrita :
— Es-tu devenue folle ? Que fais-tu cachée dans cette maison ? Pourquoi ne viens-tu pas quand je t'appelle ?

Entendant des réponses mais ne voyant personne, il inspecta les chambres. Le baobab était vu comme vide. Il courut dans la cour : personne.
— Ah ! Elle s'est enfuie ! s'exclama-t-il.

Il sella son grand cheval et se lança à leur poursuite en suivant leurs traces. Il galopa furieusement, soulevant un immense nuage de poussière à l'horizon. La traque dura jusqu'aux lueurs du crépuscule. La jeune fille touchait enfin au but et apercevait son village natal quand le génie, gagnant du terrain, fut sur le point de la harponner.

Prise de panique, elle oublia la recommandation de sa monture et enfonça l'éperon du côté droit. Aussitôt, le vieux cheval se cabra et s'envola magiquement vers le ciel. Il traversa les nuages et finit par la déposer dans un pays lointain et mystérieux, un royaume interdit où aucune femme n'avait le droit de séjourner. Le cheval s'allongea de fatigue et attendit la nuit avant de hennir. Koumba lui demanda ce qui l'inquiétait.

L'animal lui expliqua :
— Une femme ne doit jamais être vue ici. Sois prudente : trouve un grand pantalon d'homme pour dissimuler entièrement ton corps et tes formes.

Ils vécurent ainsi cachés pendant un long moment, jusqu'au jour où un Maure — un marchand arabe du désert reconnu pour être un délateur obstiné et incapable de garder un secret — découvrit la vérité. Voyant là une occasion de se faire bien voir, il courut harceler le roi de ses révélations :
— Je le jure sur tout ce qui m'est cher ! Ce prétendu jeune homme dans ce village est en réalité une femme !
— Ah, le Maure ! dirent les courtisans en riant. Tout le monde sait que les Maures sont des bavards et des menteurs !
— Je le jure, Majesté ! s'entêta le délateur. Si tu doutes de mes paroles, lève une armée et déclare une guerre fictive. Tu verras bien qu'une femme est incapable de se battre comme un guerrier.

Le roi Bella le défi. On fit battre les tambours dans tout le royaume pour rassembler la population :
— Que quiconque héberge un étranger se présente avec lui ! Que tous les hommes valides s'arment, le roi entreprend une guerre !

Le cheval hennit pour avertir Koumba de ce qui se tramait et lui dit :
— Monte sur mon dos en dissimulant tes cheveux sous ton armure. Tiens fermement ta lance. Tu te chargeras de frapper tout ce qui vole dans les airs, et moi je piétinerai tout ce qui se trouve sur terre.

La bataille commença. Revêtue de son grand pantalon, Koumba fit preuve d'une adresse incroyable, abattant les projectiles en plein vol, tandis que son cheval balayait les ennemis au sol. Devant un tel exploit, la foule se moqua de plus belle du délateur :
— Le Maure est un menteur ! Le Maure a inventé toute cette histoire !

Mais le Maure, s'acharnant de plus belle et refusant de perdre la face, s'écria :
— Je jure devant le Roi que c'est la vérité ! Si vous refusez de me croire, organisez un njawo dans la mer, ce fameux jeu traditionnel d'enfants où l'on se jette à l'eau, torse nu, pour lutter ou jouer à cache-cache en plongeant.

Les tambours résonnèrent à nouveau pour annoncer le grand défi aquatique. Le cheval hennit une fois de plus, et Koumba vint l'interroger :
— Samba, né de la nuit des temps dernière, meilleur qu'une mère, incomparable à un père ou à des voisins, qu'as-tu entendu qui te fait hennir ?
— Ce Maure est un harceleur, il ne te lâchera pas, dit le cheval. Il sait qu'une femme ne peut participer au njawo — ce jeu de cache-cache dans l'eau — sans se dévoiler. Mais lorsque viendra le moment de plonger, j'utiliserai ma magie pour te donner temporairement les attributs d'un homme. Dès que le jeu commencera dans l'eau, ne te préoccupe pas des autres : cherche la tête du fils du roi et assène-lui un coup vigoureux.

Koumba suivit scrupuleusement le conseil. Au milieu des éclaboussures du jeu, elle plongea, repéra le prince et lui administra un coup sur le crâne, le blessant légitimement dans l'ardeur du combat. Voyant le prince à terre, la foule en colère se retourna contre le délateur :
— C'est le Maure qui a attiré le malheur sur nous avec ses mensonges ! C'est sa faute !

Le Maure, pris de panique mais refusant de se taire, continuait de gesticuler et de crier :
— Je jure Roi ! Je jure que c'est une femme ! Regardez-la !

La rumeur courut bientôt parmi les féticheurs qu'il fallait exécuter le Maure et utiliser sa cervelle comme remède pour guérir la blessure du prince. Les gardes s'emparèrent du délateur qui hurlait de plus belle, harcelant le roi pour tenter de prouver ses dires.

C'est alors que le cheval de Koumba poussa un hennissement si puissant qu'il figea toute l'assemblée. Sa voix magique résonna dans l'esprit du Roi :
— Ô Roi, ne verse pas le sang de cet homme, car la terre ne doit pas être souillée par le sang d'un délateur. Puisque sa langue est son arme, qu'il refuse de cesser ses harcèlements et qu'il est incapable de respecter la paix des secrets, fermons-lui la bouche à jamais ! Que son propre silence soit le remède du prince.

À cet instant, le cheval souffla une traînée de poussière scintillante sur le Maure. Aussitôt, les lèvres du délateur se scellèrent et fusionnèrent complètement. Il tenta de crier, de pointer du doigt, de postillonner ses accusations, mais plus aucun son ne sortit de sa gorge, si ce n'est un faible et ridicule bourdonnement de mouche.

Frappé par la honte absolue d'avoir perdu ce qu'il aimait le plus — sa capacité à colporter des rumeurs —, le Maure muet s'enfuit en courant vers le désert pour ne plus jamais revenir. Au même instant, le fils du roi poussa un grand soupir, ouvrit les yeux et sa blessure se referma d'elle-même, entièrement guérie par le silence enfin rétabli.

La nuit tomba sur le royaume apaisé, mais le vieux cheval se mit à hennir une dernière fois. Koumba, attristée, lui demanda pourquoi.
— Les secrets ont été gardés, mais je sens que ma mort est imminente, ma petite Koumba, dit l'animal. Une fois que je serai parti, refuse qu'on m'enterre. Fais rassembler une grande quantité de bois, de paille et de planches. Pose-les sur mon corps et brûle-moi jusqu'à ce que je ne sois plus que cendres.

Koumba éclata en sanglots :
— Si tu me quittes, je vais connaître la misère et mourir seule en terre étrangère !
— Ne crains rien, murmura le cheval, fais seulement ce que je t'ai dit.

Ils se couchèrent et le cheval s'éteignit paisiblement pendant la nuit. Koumba, en larmes, refusa l'enterrement traditionnel et exigea du roi que sa monture soit brûlée, selon sa volonté. On érigea un immense bûcher avec du bois et de la paille, on y déposa le corps du noble animal et on alluma le feu.

Une épaisse fumée commença à s'élever. Le cheval lui avait recommandé de fermer les yeux et de se tenir bien droite, face à la fumée, jusqu'à ce qu'il soit entièrement consumé. Elle plaqua ses mains sur ses paupières, inhala le parfum de la paille brûlée et resta immobile au milieu des volutes blanches.

Lorsqu'elle ouvrit enfin les yeux, le bûcher, le palais étranger et la brousse lointaine avaient disparu. Elle se tenait debout dans sa propre cour, saine et sauve, juste à côté de son père et de sa mère qui l'accueillirent avec des larmes de joie.

Koumba, le cœur encore battant de toutes ses aventures, courut se jeter dans les bras de sa mère. Elle la regarda bien en face et, d'une voix ferme et pleine de sagesse, lui fit cette promesse :
— Mère, plus jamais je ne ferai de caprices. Plus jamais je ne jugerai un homme sur de simples apparences.

Et Koumba tint parole. Quelque temps plus tard, elle accorda sa main à un jeune homme du royaume. Il n'était pas un esprit de la brousse caché sous de faux semblants, mais un être de chair et de sang. C'était un bel homme, bon et courageux, même s'il portait fièrement les cicatrices des anciens gravées sur ses tempes.

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𝐋𝐚 𝐕𝐞𝐧𝐠𝐞𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐞 𝐊𝐨𝐫𝐤𝐚

Written by admin on 12 Juillet 2026. Posted in Contes.

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𝑼𝒏𝒆 𝒒𝒖𝒆̂𝒕𝒆 𝒅𝒆 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒊𝒄𝒆 𝒆𝒕 𝒅𝒆 𝒅𝒊𝒈𝒏𝒊𝒕𝒆́

Au cœur du Fouta, dans un village où les traditions s'enracinaient profondément dans chaque âme, vivaient deux sœurs d'une beauté qui faisait battre les cœurs. Diouldé, l'aînée, était née lors de la grande fête, où la communauté célébrait le sacrifice d’Abraham. Sa cadette, Korka, avait ouvert les yeux pour la première fois durant le saint mois de Ramadan, période de spiritualité et de renouveau.

Diouldé incarnait une grâce si captivante que ses parents, conscients de sa fragilité et de sa vulnérabilité face au monde, la protégeaient avec une vigilance empreinte d'amour. On disait que sa beauté était telle que ses yeux parlaient, que son sourire chantait, que toute sa personne respirait une lumière presque surnaturelle. Pourtant, cette beauté, loin d'être une source de fierté, était devenue une prison dorée, car elle attirait l'attention de ceux qui ne savaient pas respecter ce qu'ils ne comprenaient pas.

À plusieurs journées de chevauchée de là vivait un jeune homme appelé Bocar. Mais ce nom ne suffisait pas à capturer la nature de cet individu ; c'est pourquoi tous l'appelaient Bocaral, tant son comportement reflétait une arrogance sans limite et une brutalité qui s'exerçait impunément. Habitué à plier les volontés par la force brute ou par l'intimidation, Bocaral vivait dans la certitude que le monde lui appartenait. C'était un homme qui avait oublié – ou peut-être n'avait jamais su – que la vraie force réside dans le respect et la dignité.

Un jour, alors qu'il était assis avec ses compagnons sous l'arbre à palabres, centre de toutes les conversations du village, Bocaral entendit des histoires merveilleuses sur Diouldé. Son cœur, consumé par l'orgueil, y vit une provocation personnelle. Face à tous les hommes qui l'écoutaient, il fit un pari insensé : il jura qu'il chevaucherait jusqu'au village des deux sœurs, qu'il s'emparerait de Diouldé, et qu'il reviendrait avec sa bague en or comme trophée pour prouver à tous que rien ne pouvait lui résister.

Un matin, lorsque le village était aux champs, le bruit des sabots d'un cheval brisa le silence. Bocaral était arrivé. Diouldé, restée seule, accueillit cet étranger avec le cœur pur et l'hospitalité qu'on lui avait enseignée depuis son enfance. Elle lui offrit de l'eau fraîche pour apaiser sa soif, une simple geste d'humanité. Mais l'âme de Bocaral était devenue un désert où aucune bonté ne pouvait germer. Dans un acte de cruauté absolue, il abusa d'elle, lui arrachant non seulement sa bague – le cadeau précieux de sa mère – mais aussi son innocence et sa dignité. Pour effacer les traces de son crime immonde, il cacha le corps sans vie de Diouldé au fond du grand grenier à mil du village, ce lieu même qui symbolisait la vie, la subsistance et l'espoir de toute une communauté. Puis il s'enfuit dans la nuit, croyant son forfait enseveli pour l'éternité.

Lorsque le crépuscule peignit le ciel de couleurs sanglantes, les habitants du village découvrirent le silence horrible. Diouldé avait disparu. Les cœurs se mirent à battre frénétiquement. On la chercha partout : dans la brousse où les herbes hautes auraient pu la cacher, près du fleuve dont les eaux auraient pu la bercer, sous les ombrages épais où elle aurait pu se reposer. C'est Korka qui, en grimpant sur le grenier à mil pour puiser dans la récolte familiale, fit cette découverte qui briserait à jamais l'innocence du village. Dans ce grenier sacré, symbole de pureté et de vie, elle trouva le corps de sa sœur, souillé par le sang de la violence. C'était plus qu'un meurtre ; c'était une profanation, un blasphème contre toute la communauté.

Le Fouta fut plongé dans le deuil le plus profond. Une douleur collective étreignit chaque cœur, chaque famille. Mais avec cette douleur vint aussi la peur. Bocaral et ses proches inspiraient une terreur telle que les anciens du conseil hésitaient, paralysés par la crainte des représailles. Comment pourrait-on faire justice quand l'injustice avait tant de pouvoir ? Les hommes baissaient les yeux, résignés. C'est alors que Korka redressa le front.

Sa douleur, immense et étouffante, se transforma en quelque chose de plus puissant : une détermination froide et lucide. Korka ne voulait pas d'une vengeance sanglante qui aurait englouti des innocents dans son sillage. Elle voulait que le coupable soit démasqué, que sa culpabilité soit exposée devant tous, et que la justice, vraie et juste, soit rendue. C'était une vengeance qui prétendait à l'honneur, à la dignité restaurée.

Elle commença ses préparatifs avec un soin méticuleux. Elle prépara du mbouraké, ce mets traditionnel qui réchauffait les cœurs depuis les temps immémoriaux – un mélange délicat de couscous de mil, de pâte d'arachide et de sucre. Mais dans cette préparation tendre, Korka ajouta une herbe secrète transmise par les femmes de sa famille, un somnifère puissant capable d'endormir les corps tout en libérant les consciences, sans jamais ôter la vie. Ce choix était crucial : elle voulait endormir sans détruire, neutraliser sans tuer.

Elle sella son cheval avec des mains tremblantes et s'approcha de sa mère :
— Néénam (ma mère), dit-elle avec une voix chargée de douleur et de résolution, je m'en vais chercher celui qui a détruit notre famille. Je ne reviendrai que lorsque sa culpabilité aura été révélée au grand jour et que la justice aura réparé l'affront fait au sang de notre lignée.

Elle éperonna sa monture et chevaucha pendant des jours et des nuits, traversant des villages, côtoyant des forêts, guidée par une force intérieure que la douleur rendait inébranlable. Dans le premier village où elle entra, elle salua l'assemblée d'hommes avec courtoisie et annonça d'une voix assurée :
— Je suis à la recherche d'un mari.

Un vieux sage, assis à l'ombre, observa cette jeune femme d'une grande beauté et lança une proverbe plein de sagesse : « Je cours chercher une femme, est plus rapide que je cours chercher un mari ! »

Korka sourit avec bienveillance et précisa sa pensée :
— Je suis à la recherche d'un mari, mais je n'apprécie que les hommes d'une insolence remarquable.

Tous les hommes se levèrent aussitôt, éblouis par sa beauté et croyant reconnaître en elle un prix à conquérir. Chacun vanta ses propres méfaits, énumérant des actes dont il était "fier" avec une naïveté touchante. Korka secoua la tête avec une expression empreinte de compassion et leur dit :
— Vous n'êtes pas assez insolents pour m'épouser.

Elle quitta ce village et en traversa sept autres, guidée par un instinct qui la rapprochait du criminel. Dans chaque place, elle répétait sa quête, comme une litanie de douleur déguisée en recherche d'amour. Finalement, elle arriva dans le village de Bocaral. C'était un jour de grande fête, où l'on battait le tamtam pour célébrer le tournoi annuel de lutte. À son arrivée, les tambours s'arrêtèrent, comme si le destin lui-même retenait son souffle.

Korka répéta sa quête devant la foule silencieuse. C'est alors que Bocaral se leva, cette créature emplie d'arrogance, et vint se planter devant elle. Dans un geste de brutalité mémorielle, il la bouscula et cria :
— Toi, étrangère, descends de ce cheval ! Je suis l'homme que tu cherches ! Regarde, c'est moi qui ai trouvé la plus belle des belles, celle dont on parlait partout. Je l'ai prise et j'ai caché son corps là où personne ne pourrait la trouver. Et voici sa bague en or, la preuve de ma victoire !

Korka reconnut le bijou de sa mère. Son cœur menaça de se briser, mais elle contint son émmotion et, avec un courage surhumain, elle descendit de son cheval. Elle feignit la soumission, cache de sa rage intérieure :
— Tu es mon homme, c'est exactement toi que je cherchais !

Bocaral, ayant des combats de lutte à poursuivre, la confia aux femmes de sa maison. Dès qu'il eut le dos tourné, Korka offrit généreusement le mbouraké à la mère et aux sœurs de Bocaral. Le mélange sucré et parfumé les séduisit ; elles en mangèrent avec gratitude et sombrèrent dans un sommeil profond et sans rêves.

Korka constata que Bocaral portait toujours la bague sur lui. Elle quitta discrètement la concession et se posta à la lisière de la brousse, sous un grand arbre aux feuilles immenses, attendant le moment de la révélation.

Lorsque les luttes furent terminées, Bocaral chercha Korka et la trouva sous l'arbre. Dans sa fureur, il armason fusil :
— Tu n'auras pas l'opportunité de raconter ce que tu as vu !

C'est alors que Korka utilisa sa ruse la plus fine, celle qui exploitait l'orgueil démesuré de cet homme :
— J'accepte mon sort, Bocaral. Tu as vaincu. Mais accorde-moi une dernière volonté : que je ne meure pas seule sur la terre nue. Grimpe sur cet arbre et coupe quelques-unes de ces grandes feuilles pour nous créer une couche digne de notre rencontre.

Ces paroles, prononcées avec une finesse subtile, réveillèrent la luxure et la vanité de Bocaral. Croyant triompher totalement, il déposa son arme contre le tronc et commença à grimper. C'était exactement l'erreur que Korka attendait. En un éclair, elle se saisit du fusil et tira un coup en l'air. Terrorisé, Bocaral perdit l'équilibre et tomba au sol, vaincu par son propre désir.

Avant qu'il ne reprenne ses esprits, Korka le neutralisa et le ligota solidement. Elle lui arracha la bague en or et le traîna vers le retour.

Lorsqu'ils arrivèrent au village, la foule se rassembla. Korka força Bocaral à s'agenouiller devant les sages et déclara :
— Il a profané notre terre et assassiné ma sœur Diouldé. Voici la preuve.

Le conseil prononça sa sentence : Bocaral fut banni, dépouillé et emprisonné, son nom effacé des mémoires.

Korka déposa la bague dans la main de sa mère :
— La dignité de Diouldé est restaurée. La paix est revenue.

Puisse l'histoire de Korka rappeler que face à la violence, la ruse, la droiture et la justice se lèveront toujours pour restaurer la vérité. Que ce conte soit un baume pour les mémoires offensées et un avertissement pour les infâmes qui se croient au-dessus de la justice.
𝑻𝒐𝒏𝒕𝒐𝒏 𝑩𝒂𝒅𝒐𝒖

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Yacouba

Written by admin on 9 Mai 2026. Posted in Contes.

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Le chasseur et le génie 

Dans un grand royaume d’Afrique de l’Ouest, au bord d’un fleuve large comme la mer, les habitants ne riaient plus beaucoup. Les tam-tams restaient silencieux le soir, les marchés fermaient tôt, et même les enfants jouaient moins dans les ruelles.


Parce qu’un terrible génie nommé Koba semait la peur dans tout le pays.

À chaque mariage, le même malheur arrivait. Quand les jeunes mariés s’endormaient pour leur première nuit ensemble… pouf ! Le génie enlevait la jeune épouse et disparaissait dans la nuit.

Les familles pleuraient. Les anciens secouaient la tête avec tristesse. Et le roi du royaume, le sage roi Bakary, ne savait plus quoi faire.

Un jour, dans un village voisin, vivait un jeune chasseur courageux nommé Yacouba.

Yacouba était connu pour son grand cœur, son adresse à l’arc et son courage. Il vivait avec son fidèle chien, qui le suivait partout.

Quand Yacouba entendit parler du génie Koba, il déclara :

— Je ne peux pas rester sans rien faire pendant que des familles souffrent. J’irai dans ce royaume, et je mettrai fin à cette malédiction !

Ses amis ouvrirent de grands yeux.

— Tu es fou ! Personne n’a jamais vaincu Koba !

Mais Yacouba répondit calmement :

— Le courage est plus fort que la peur.

Alors il prit son arc, ses flèches, un sac de provisions et partit sur les pistes rouges de la savane.

Quand Yacouba arriva au palais du roi Bakary, les gardes le conduisirent aussitôt devant le roi.

— Pourquoi es-tu venu, jeune homme ? demanda le roi.

— Je suis venu épouser votre fille, la princesse Aminata. Et je combattrai le génie Koba.

Le roi soupira.

— Beaucoup d’hommes courageux ont essayé avant toi… aucun n’est revenu victorieux.

Mais Yacouba répondit :

— Tant qu’on essaie, l’espoir vit encore.

Le roi fut impressionné par sa détermination. Il accepta donc le mariage.

Pendant trois jours et trois nuits, le royaume entier fit la fête. Les griots chantaient, les femmes dansaient, et les enfants couraient partout en riant. On espérait tous que cette fois, le malheur prendrait fin.

Mais pendant la nuit de noces, alors que tout le palais dormait, un vent glacé souffla. Les lampes s’éteignirent.

Et quand Yacouba se réveilla, la princesse Aminata avait disparu.

Le jeune chasseur serra les poings, mais il ne pleura pas.

— Koba… je vais te retrouver.

Avant l’aube, Yacouba alla voir un vieux sage nommé Samba, qui connaissait les secrets invisibles du monde.

Le vieil homme ferma les yeux longtemps, puis dit :

— Koba cache les femmes de l’autre côté du grand fleuve. Mais pour le vaincre, écoute bien ceci…

Le sage parla d’une étrange créature nommée Louti.

— Le génie vit dans Louti, l’antilope-jument magique. Dans Louti se cache une petite antilope. Dans cette antilope se trouve un corbeau noir. Et dans le corbeau se cache un œuf magique. Si tu brises cet œuf, le pouvoir de Koba disparaîtra.

Puis le sage ajouta :

— Chaque jour, vers le milieu du soleil, Louti vient boire près du rocher du fleuve.

Yacouba remercia le sage et repartit aussitôt.

En chemin, Yacouba et son chien rencontrèrent un grand lion au pelage doré.

Le lion rugit si fort que les arbres tremblèrent.

Mais au lieu d’attaquer, il demanda :

— Où vas-tu, jeune chasseur ?

Quand il entendit l’histoire, le lion déclara :

— Un homme qui combat pour sauver les autres ne doit pas voyager seul. Je viens avec toi.

Plus loin dans le ciel, un immense aigle entendit aussi leur mission.

— Moi aussi, je vous aiderai, dit-il en déployant ses ailes immenses.

Et ainsi, le chasseur, le chien, le lion et l’aigle poursuivirent leur route ensemble.

Quand ils arrivèrent près du fleuve, le lion creusa une cachette derrière les hautes herbes.

Tous attendirent en silence.

Le soleil monta dans le ciel.

Puis, enfin, Louti l’antilope-jument arriva près du rocher pour boire.

Alors tout se passa très vite.

Le lion bondit et attrapa Louti.

Du ventre de Louti surgit une petite antilope qui partit en courant.

Le chien la poursuivit à toute vitesse et la rattrapa.

Soudain, un grand corbeau noir s’envola dans le ciel.

Mais l’aigle plongea comme une flèche et l’attrapa dans ses serres.

Le corbeau lâcha alors un œuf brillant.

Yacouba le saisit…

…et l’écrasa de toutes ses forces contre une pierre.

À cet instant, un grand vent traversa le fleuve.

Puis des voix joyeuses résonnèrent au loin.

Toutes les femmes enlevées par Koba réapparurent, libres et saines et sauves.

Parmi elles se trouvait la princesse Aminata.

Le peuple accueillit Yacouba en héros. Les tam-tams résonnèrent toute la nuit, et les habitants dansèrent jusqu’au lever du soleil.

Depuis ce jour, dans les villages au bord du fleuve, les anciens racontent encore cette histoire aux enfants.

Car ils veulent leur rappeler ceci :

Le courage, l’amitié et la solidarité peuvent vaincre même les plus grandes peurs.

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La chèvre qui devint femme

Written by admin on 8 Mai 2026. Posted in Contes.

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"Ce que l'un néglige, l'autre le saisit!"
On raconte que dans une contrée où les forêts couvraient tout, vivait un vieillard pauvre et reclus. Sa seule compagnie était une vieille chèvre qu’il chérissait comme un trésor. La chèvre, fidèle et aimante, gardait la maison et suivait l’homme partout. Celui-ci, malgré son bonheur simple, nourrissait un désir secret : avoir des enfants pour transmettre son nom.
Un matin, parti couper du bois, le vieillard laissa la chèvre seule. Pour rendre service à son maître, la chèvre alla demander conseil au génie de l’arbre sacré, qui veillait au cœur de la forêt. L’arbre parlait d’une voix grave et profonde :
— Que veux tu, petit animal à cornes ?
— Je veux rendre mon maître heureux, répondit la chèvre. Il souhaite des enfants. Si tu peux m’aider, transforme moi en femme pour lui donner une descendance.
Le génie réfléchit un instant, puis dit :
— Je peux te transformer en femme. Mais souviens toi : un pacte se noue toujours avec la magie.
La chèvre, toute joyeuse, sauta de joie. Le génie prononça alors une phrase étrange et ancienne :
— Sakajaa makajaa tunjii munjii !
Sous ses yeux, la chèvre devint une belle femme. Elle remercia le génie et rentra aussitôt auprès du vieillard. Le génie ajouta d’un ton sec :
— Tu lui donneras des enfants. Mais le cinquième enfant m’appartiendra : il devra être sacrifié et pendu à mon arbre.
La femme, bouleversée par la transformation mais résolue à rendre son maître heureux, n’écouta guère cette dernière recommandation et repartit aussitôt.
Le vieillard la reconnut comme sa fidèle chèvre. Ils eurent cinq enfants : quatre garçons sages et malicieux, puis un cinquième, petit et vif comme une plante qui pousse trop vite. Ils vécurent heureux des années durant.
Un jour, alors que les enfants jouaient dans la forêt, le plus jeune se cacha derrière un tronc. L’arbre — ou plutôt le génie qui l’habitait — s’ouvrit comme une gueule et commença à l’engloutir. Le petit poussa des cris terrifiés, appelant ses frères dans une langue ancienne :
« Yaay booy kaay jël ma bala may dee fii…
Yaay booy kaay jël ma jine bi jàpp na ma… »
(Mère viens me prendre, sinon je vais mourir ici
Mère vient me prendre le sorcier m’a capturé)
Les frères accoururent et tinrent la mère au courant. Elle reconnut aussitôt la voix de l’arbre et courut, le cœur serré, implorer le génie.
— Rends moi mon enfant ! supplia‑t‑elle.
Le génie lui répondit, implacable :
— Tu as promis. Le cinquième enfant est à moi. Tu dois le sacrifier.
La mère tomba à genoux.
— Tu as dit que je le donnerais, répliqua t‑elle doucement, mais tu n’as pas précisé l’âge, ni expliqué ce qu’est un “sacrifice”. Donner la vie n’est pas la même chose que l’ôter. Si ton pacte était clair, nous t’obéirions ; mais la magie doit aussi être juste.
Le génie, dont la voix trembla, hésita. Les paroles vagues d’un accord ne regardent pas seulement les mots : elles regardent le cœur. Il accepta finalement de convoquer un conclave des génies de la forêt — d’antiques esprits des arbres, des sources et des rochers — pour trancher.
Le soir même, sous la pleine lune, le grand arbre ouvrit un portail lumineux. Des génies d’écorce, des esprits de ruisseaux et des sylphes aux cheveux de mousse arrivèrent, formant un cercle autour du tronc. Chacun y alla de son avis, mais les plus anciens rappelèrent une vérité que la mère connaissait déjà au fond d’elle‑même : la vie d’un enfant ne se négocie pas avec une promesse confuse.
Un vieux génie, dont la barbe était tissée de lianes, parla ainsi :
— La force d’un pacte vient de la clarté et de l’intention. Ici, l’intention n’était pas de mort mais de don ; la formulation est ambiguë. La justice commande de réparer le tort plutôt que d’exiger une erreur.
Un autre génie, doux comme une source, proposa :
— Le cinquième enfant restera, mais pour réparer l’équilibre, la famille offrira quelque chose de précieux à la forêt : non pas un sacrifice de chair, mais un don de soin. Ils planteront arbres et vivres, protégeront la forêt et veilleront sur ses créatures. Ainsi la dette se transformera en pacte de respect mutuel.
Le génie qui avait parlé d’abord, honteux, baissa la tête. Il reconnut son imprudence et accepta la décision du conclave : l’enfant serait rendu à sa mère, et la famille deviendrait gardienne de la forêt.
La mère, le père et les cinq enfants revinrent chez eux, le cœur léger. Sous la houlette des génies, ils plantèrent arbres, creusèrent fontaines et firent de leur maison un refuge pour les animaux. Les années passèrent ; la forêt prospéra, et la voix du petit, qui avait failli se perdre, chanta longtemps parmi les feuilles.
Ainsi, la justice l’emporta sur l’ambiguïté, et la promesse mal formulée se transforma en une alliance vivante entre l’homme, la femme‑chèvre et la forêt. Un oubli ou une maladresse peut toujours être rattrapé, pour peu que l’on sache écouter et réparer.
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L'année du pet

Written by admin on 7 Mai 2026. Posted in Contes.

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Les petits! Rassemblez-vous, rapprochez vos tapis, tendez bien vos oreilles, car aujourd'hui, je vais vous raconter une histoire si drôle, si amusante, que vous allez vous tordre comme des lianes au vent! 

Autrefois, en Afrique, personne n'avait besoin de montre – quelle ennui ce serait d'ailleurs! Les années, elles avaient des noms pleins de saveur! On disait: « Ah, c'était l'année où il a plu comme jamais!» ou « Rappelez-vous l'année de la famine qui nous a fait maigrir comme des crevettes!» ou encore « L'année de la bonne récolte où tout le monde était grassouillet et joyeux!»
Les vieux, ils navigaient dans le temps comme dans un océan de souvenirs délicieux. Et parmi tous ces souvenirs savoureux, il en est un qui revient toujours au coin du feu, celui-là même dont on rigole encore aujourd'huit. Mais n'anticipons pas, mes amis curieux!
Vous voulez savoir pourquoi les Diallo taquinent sans arrêt les Bâ avec leurs histoires de niébé? Pourquoi ils rient toujours en disant que les Bâ adorent ce petit haricot coquin qui fait « parler » les ventres? Ah! C'est une histoire délicieuse, pleine de malice et de sagesse joyeuse! Une histoire qui s'est passée sous le baobab le plus vieux du Royaume Péul du Macina, et que je vais vous servir avec tous ses assaisonnements savoureux!

Il était une fois un vieux monsieur du Royaume Péul du Macina appelé Samba Bâ. Oh,  il était malin comme un baobab rusé et rieur comme dix enfants réunis! Les gens disaient qu'il avait vu plus de saisons que les tam-tams n'avaient jamais eu de notes à jouer. Il gardait des troupeaux de chèvres, il gardait aussi une barbe impressionnante, mais surtout – et c'est important – il gardait un petit secret qui lui chatouillait le ventre et le faisait gigoter d'amusement.

Un soir où les étoiles pendaient des branches de la nuit comme des fruits d'or, voilà qu'une grande palabre s'organisa sous le baobab! Tous les gens du village s'y pressaient. Les jeunes criaient « Oui mais non! » Les vieux parlaient doucement, avec des mots qui brillaient comme des pierres précieuses. Chacun avait ses théories sur les pluies, les récoltes, les chèvres qui se comptent mal, et des proverbes tellement profonds que personne ne comprenait vraiment ce qu'ils voulaient dire!
Et voilà notre Samba Bâ qui arrive avec un grand bol – vraiment très très grand! – plein de niébé. Vous connaissez le niébé, non? Ces petits haricots adorables qui goûtent le ciel dans la bouche mais qui, dans le ventre... ah! dans le ventre, ils aiment bavarder! Et Samba, mon ami, il n'avait pas juste mangé quelques grains. Non non non! Il s'était jeté sur ces petites graines comme un enfant sur un bonbon!
Le Moment Fatidique

Le vieux Samba, il avait les yeux qui se fermaient tout doucement. Les paroles des autres le berçaient comme une comptine. Il hochait la tête: oui, oui, vous avez raison, oui oui oui... Et puis, sans qu'il ne le voie venir – parce qu'on ne voit jamais ces choses-là arriver, n'est-ce pas? – les niébé dans son ventre ont décidé de donner leur propre palabre!
Et là, mes enfants, attention: il n'y a pas juste UN type de bruit de derrière. Oh non! Il y a le petit pschiiiit discret, celui qui glisse inaperçu comme un chat. Et puis il y a – écoutez bien comment je vais le dire – le PROUUUTTT majestueux, celui qui sonne comme une trompette! C'est celui-là qui s'est échappé du côté de Samba ce soir-là!
Le silence! Un silence aussi pesant qu'une montagne! Tout le monde a arrêté de parler. Les jeunes se regardaient. Les vieux se regardaient. Et personne ne bougeait!
Une petite voix osée demanda: « Qui a fait chanté son derrière? »
Une autre répondit: « Han! Ce ventre a pris la parole! »
Et une troisième, toute douce, murmura: « Allah nous pardonne, mais c'est l'ancien qui a soufflé dans la calebasse! »
Et puis... les rires! Pffffff! D'abord tout doucement, cachés dans les barbes et les turbans comme des petits souris. Mais les rires, ça grandit très vite, c'est comme les mauvaises herbes! Bientôt, c'était l'éclat général! Et le pauvre Samba sentait ses os se réchauffer de honte insupportable.

Alors Samba – sage comme il était – ne voulut pas rester pour entendre les plaisanteries. Il se leva lentement, ramassa son bâton, salua sans dire un mot, et partit. Pas en courant comme un voleur, non non! Il marcha avec dignité vers la nuit, un pas qui disait: « Je vais ailleurs. »
Et croyez-moi, il n'est pas revenu de sitôt! Le vieux marcha pendant des lunes et des lunes, traversa le pays des Sarakolés, puis des Bambaras, puis des Soussous, puis des Sénoufos. Finalement, il arriva dans la grande forêt des Bantous et y resta sept fois sept ans!
C'est là, dans cette forêt profonde et silencieuse, qu'il apprit une leçon que les arbres lui enseignèrent: « Qui mange du niébé doit savoir quitter l'arbre à palabres! »

Au crépuscule de sa vie, Samba sentit l'appel du pays. Il revint lentement vers le nord. Un soir, il arriva sur les rives du Niger où il s'assit près d'un feu.
Et là! Là, le destin fit un clin d'œil! Il entendit deux hommes qui discutaient:
« Non non, ça n'est pas si ancien! » dit l'un.
« Mais si! répondit l'autre. Mon père m'a dit que c'était l'année du pet! »
Quand Samba entendit ces mots, il comprit: son aventure était devenue légende! Son petit incident était devenu... l'Année du Pet! Alors, il sourit, se leva tranquillement et disparut dans la nuit pour ne jamais revenir.

Et voilà pourquoi, mes enfants, les Diallo ne cessent de taquiner les Bâ avec leurs histoires de niébé! C'est une façon de dire que même les plus sages peuvent avoir un moment d'oubli très sonore!
Mais écoutez bien: il n'y a pas de méchanceté là-dedans. C'est un cousinage, un pont fait de rires partagés, qui unit les clans et transforme un simple haricot en une belle histoire d'amitié!
Souvenez-vous: le rire, ça rapproche les gens, même à travers les vents les plus inattendus!

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