Après la tragédie des cales négrières, l'Afrique fait face à une nouvelle blessure : le dépeçage du continent à la Conférence de Berlin et l'installation d'un système colonial marqué par l'humiliation et le travail forcé.
Pour chanter cette douleur avec une féroce lucidité, un poète au destin unique se lève : 𝐃𝐚𝐯𝐢𝐝 𝐃𝐢𝐨𝐩. Bien qu'éloigné du continent une grande partie de sa vie, il porte la mémoire de sa terre "comme l'écharde dans la blessure". En 1956, il publie sa réponse poétique aux promesses mutilées de l'Europe.
Écoutez sa plume se faire arme.
𝐋𝐞𝐬 𝐕𝐚𝐮𝐭𝐨𝐮𝐫𝐬
𝐸𝑛 𝑐𝑒 𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠-𝑙𝑎̀
𝐴̀ 𝑐𝑜𝑢𝑝𝑠 𝑑𝑒 𝑔𝑢𝑒𝑢𝑙𝑒 𝑑𝑒 𝑐𝑖𝑣𝑖𝑙𝑖𝑠𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛
𝐴̀ 𝑐𝑜𝑢𝑝𝑠 𝑑'𝑒𝑎𝑢 𝑏𝑒́𝑛𝑖𝑡𝑒 𝑠𝑢𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑓𝑟𝑜𝑛𝑡𝑠 𝑑𝑜𝑚𝑒𝑠𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒́𝑠
𝐿𝑒𝑠 𝑣𝑎𝑢𝑡𝑜𝑢𝑟𝑠 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑡𝑟𝑢𝑖𝑠𝑎𝑖𝑒𝑛𝑡 𝑎̀ 𝑙'𝑜𝑚𝑏𝑟𝑒 𝑑𝑒 𝑙𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑠𝑒𝑟𝑟𝑒𝑠
𝐿𝑒 𝑠𝑎𝑛𝑔𝑙𝑎𝑛𝑡 𝑚𝑜𝑛𝑢𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑒 𝑙'𝑒̀𝑟𝑒 𝑡𝑢𝑡𝑒́𝑙𝑎𝑖𝑟𝑒
𝐸𝑛 𝑐𝑒 𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠-𝑙𝑎̀
𝐿𝑒𝑠 𝑟𝑖𝑟𝑒𝑠 𝑎𝑔𝑜𝑛𝑖𝑠𝑎𝑖𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙'𝑒𝑛𝑓𝑒𝑟 𝑚𝑒́𝑡𝑎𝑙𝑙𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑟𝑜𝑢𝑡𝑒𝑠
𝐸𝑡 𝑙𝑒 𝑟𝑦𝑡ℎ𝑚𝑒 𝑚𝑜𝑛𝑜𝑡𝑜𝑛𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑃𝑎𝑡𝑒𝑟-𝑁𝑜𝑠𝑡𝑒𝑟
𝐶𝑜𝑢𝑣𝑟𝑎𝑖𝑡 𝑙𝑒𝑠 ℎ𝑢𝑟𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡𝑠 𝑑𝑒𝑠 𝑝𝑙𝑎𝑛𝑡𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑎̀ 𝑝𝑟𝑜𝑓𝑖𝑡
𝑂̂ 𝑙𝑒 𝑠𝑜𝑢𝑣𝑒𝑛𝑖𝑟 𝑎𝑐𝑖𝑑𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑏𝑎𝑖𝑠𝑒𝑟𝑠 𝑎𝑟𝑟𝑎𝑐ℎ𝑒́𝑠
𝐿𝑒𝑠 𝑝𝑟𝑜𝑚𝑒𝑠𝑠𝑒𝑠 𝑚𝑢𝑡𝑖𝑙𝑒́𝑒𝑠 𝑎𝑢 𝑐ℎ𝑜𝑐 𝑑𝑒𝑠 𝑚𝑖𝑡𝑟𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒𝑢𝑠𝑒𝑠
𝐻𝑜𝑚𝑚𝑒𝑠 𝑒́𝑡𝑟𝑎𝑛𝑔𝑒𝑠 𝑞𝑢𝑖 𝑛'𝑒́𝑡𝑖𝑒𝑧 𝑝𝑎𝑠 𝑑𝑒𝑠 ℎ𝑜𝑚𝑚𝑒𝑠
𝑉𝑜𝑢𝑠 𝑠𝑎𝑣𝑖𝑒𝑧 𝑡𝑜𝑢𝑠 𝑙𝑒𝑠 𝑙𝑖𝑣𝑟𝑒𝑠 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑛𝑒 𝑠𝑎𝑣𝑖𝑒𝑧 𝑝𝑎𝑠 𝑙'𝑎𝑚𝑜𝑢𝑟
𝐸𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑚𝑎𝑖𝑛𝑠 𝑞𝑢𝑖 𝑓𝑒́𝑐𝑜𝑛𝑑𝑒𝑛𝑡 𝑙𝑒 𝑣𝑒𝑛𝑡𝑟𝑒 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑡𝑒𝑟𝑟𝑒
𝐿𝑒𝑠 𝑟𝑎𝑐𝑖𝑛𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝑛𝑜𝑠 𝑚𝑎𝑖𝑛𝑠 𝑝𝑟𝑜𝑓𝑜𝑛𝑑𝑒𝑠 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑙𝑎 𝑟𝑒́𝑣𝑜𝑙𝑡𝑒
𝑀𝑎𝑙𝑔𝑟𝑒́ 𝑣𝑜𝑠 𝑐ℎ𝑎𝑛𝑡𝑠 𝑑'𝑜𝑟𝑔𝑢𝑒𝑖𝑙 𝑎𝑢 𝑚𝑖𝑙𝑖𝑒𝑢 𝑑𝑒𝑠 𝑐ℎ𝑎𝑟𝑛𝑖𝑒𝑟𝑠
𝐿𝑒𝑠 𝑣𝑖𝑙𝑙𝑎𝑔𝑒𝑠 𝑑𝑒́𝑠𝑜𝑙𝑒́𝑠 𝑙'𝐴𝑓𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑒́𝑐𝑎𝑟𝑡𝑒𝑙𝑒́𝑒
𝐿'𝑒𝑠𝑝𝑜𝑖𝑟 𝑣𝑖𝑣𝑎𝑖𝑡 𝑒𝑛 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑢𝑛𝑒 𝑐𝑖𝑡𝑎𝑑𝑒𝑙𝑙𝑒
𝐸𝑡 𝑑𝑒𝑠 𝑚𝑖𝑛𝑒𝑠 𝑑𝑢 𝑆𝑜𝑢𝑎𝑧𝑖𝑙𝑎𝑛𝑑 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑠𝑢𝑒𝑢𝑟 𝑙𝑜𝑢𝑟𝑑𝑒 𝑑𝑒𝑠
[𝑢𝑠𝑖𝑛𝑒𝑠 𝑑'𝐸𝑢𝑟𝑜𝑝𝑒
𝐿𝑒 𝑝𝑟𝑖𝑛𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠 𝑝𝑟𝑒𝑛𝑑𝑟𝑎 𝑐ℎ𝑎𝑖𝑟 𝑠𝑜𝑢𝑠 𝑛𝑜𝑠 𝑝𝑎𝑠 𝑑𝑒 𝑐𝑙𝑎𝑟𝑡𝑒́.
 
David Diop nous annonce déjà la fin de la nuit coloniale. Il nous promet que malgré la souffrance, le printemps va renaître. Et ce printemps, mes enfants, ce sera le cri de ralliement de tout un peuple marchant vers la liberté et les Indépendances !
 
Les Vautours est extrait de Coups de pilon
 Éditions Présence Africaine